samedi 25 octobre 2014

*Appartenaient-ils au rêve ou à la réalité".....





"Depuis quelques temps (il) pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives (...) il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n'aurait jamais de réponses. Ces bribes seraient toujours pour lui énigmatiques (...).

Les mots dont il emplissait son carnet évoquaient pour lui l'article concernant la "matière sombre" qu'il avait envoyé à une revue d'astronomie.

Derrière les événements précis et les visages familiers, il sentait bien tout ce qui était devenu une matière sombre : brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettres perdues, prénoms et numéros de téléphone figurant dans un ancien agenda que vous avez oubliés, et celles et ceux que vous avez croisés sans même le savoir. Comme en astronomie, cette matière sombre était plus vaste que la partie visible de votre vie. Elle était infinie.

Et lui, répertoriait dans son carnet quelques faibles scintillements au fond de cette obscurité. Si faibles, ces scintillements qu'il fermait les yeux et se concentrait à la recherche d'un détail évocateur lui permettant de reconstituer l'ensemble, mais il n'y avait pas d'ensemble, rien que des fragments des poussières d'étoiles.

Il aurait voulu plonger dans cette matière sombre, renouer un à un les fils brisés : oui, revenir en arrière pour retenir les ombres et en savoir plus long sur elles. Impossible.

Alors il ne restait qu'à retrouver les noms. Ou même les prénoms, ils servaient d'aimants.
Ils faisaient resurgir des impressions confuses que vous aviez du mal à éclaircir.

Appartenaient-ils au rêve ou à la réalité ?"

Patrick Modiano
L'horizon


(Réf. : Sur les épaules de Darwin - France Inter - 
Par Jean-Claude Ameisen)

émission du 18 Octobre 2014

"A la recherche des mystères de la mémoire"


*****

4 commentaires:

  1. Ne pas chercher à retenir les ombres, les laisser passer comme passe le vent ...

    Merci pour ce beau, déroulé passage comme un déhanche-aimant qui tente de retenir le bonheur ...

    Parfois, je me demande, si toi, mon âmie, tu appartiens au rêve ou à la réalité ... sourire, je ne sais plus très bien si le virtuel est réel, si le réel est virtuel, si les rencontres sont de la vie ou la vie qui est plus forte que nous, au dessus de nous ... Etrangeté de vivre mais merveille d'aimer, d'échanger, de rencontrer vraiment, ici comme là ...

    Je t'embrasse, en doux flux de nuit.

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  2. hou là là ! vaste débat entre rêve et réalité, virtualité et réalité.... dans tous les cas, "l'horizon" de Patrick Modiano dont j'ai extrait ces passages relate une enquête subtile qui flotte entre un passé nostalgique et un présent interrogateur, Paris et Berlin, entre la jeunesse et la soixantaine avancée... un roman pas vraiment mélancolique puisqu'il il ouvre un espace vers l'avenir, ne serait-ce évoqué par son titre... une écriture dépouillée, comme toujours... C'est l'univers de Modiano, des instants de vie oubliés, comme gommés de sa mémoire.. qu'il choisit de tenter de ressusciter... un univers baigné par l'échec ou par le hasard de ce qui n'a pu être : "un vertige le prenait à la pensée de ce qui aurait pu être et qui n'avait pas été".. un rêve aux allures de réalité qui diffuse une sensation de mal-être, comme une histoire qui ne se terminerait jamais...
    Des personnages sans grande envergure, presque des marginaux, là sur la page et dans leur vie, placés par inadvertance..
    Bosmans... remonte le temps sur son petit carnet.... note ...
    Margaret le Croz, mystérieuse femme qui croise son chemin.. ils forment ensemble un couple hors du temps.
    Une rencontre intemporelle.
    Les époux Ferne, leur pendant inversé, aux aussi dans l'intemporel.
    Un roman de Modiano, à la Modiano, reconnaissable entre mille... sur la solitude de soi-même, dans une quête personnelle toujours fragile... entrevoit pourtant une sorte de lumière qui ne lutterait plus, enfin, contre le temps et l'oubli.... merci Veronica pour ton commentaire qui permet de continuer la discussion en vrai, ou en rêve, une fois -l'écrin- éteint - tu me suis - "étrangeté de vivre, mais merveille d'aimer, d'échanger, de rencontrer vraiment, ici comme là".. tu as raison,....
    Je te souhaite à mon tour une douce heure supplémentaire pour la nuit à venir -
    Bisous.
    Den

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  3. Le mystère, c'est ce qui n'est pas accessible à la raison, ce qui est obscur, caché, inconnu, incompréhensible, tu à ceux qui ne sont pas initiés... merci old Nut de rajouter au mystère son mystère...
    Une douce heure supplémentaire à cette nuit.
    Den

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Par Den :
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