mardi 14 septembre 2021

...* Je ne sais...




Je ne sais quelles gens...

"Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres
Dans un je ne sais quel pays sous le soleil
et sous certains nuages.

Ils laissent derrière eux leur je ne sais quel tout,
champs labourés, je ne sais quelles poules, quels chiens,
quels miroirs où des flammes se reflètent.

Ils portent sur leurs dos cruches et balluchons.
Plus ils sont vides et plus ils pèsent lourd.

S'accomplit en silence - je ne sais quel dénouement,
dans le tumulte, d'un quignon de pain - je ne sais
quel dépouillement,
et puis, d'un enfant mort - je ne sais quel balancement.

Devant eux toujours la même route- pas par là,
le même pont - qu'il ne faut pas,
à travers une rivière bizarrement toute rose.
Autour sans cesse des tirs, une fois près, une fois loin,
au-dessus un avion qui tourne un peu.

Il faudrait là un peu d'invisibilité,
de grisaillerie caillou,
ou, mieux encore, d'absence,
pour un très court instant, voire un tantinet plus long.

Il  passera sans doute, mais alors quoi et où ?
quelqu'un les accueillera, mais alors qui et quand,
en combien de personnes, avec quelles intentions ?
S'il a encore le choix,
il voudra bien, peut-être, ne pas être leur ennemi,
et leur laisser une je ne sais quelle vie"..

Wislawa Szymborska

"je ne sais quelles gens"

traduit du polonais par Piotr Kaminski

***



 

lundi 13 septembre 2021

..* Je suis qui je suis....




"Je suis qui je suis.
Hasard inconcevable
comme tout hasard.

D'autres ancêtres
auraient su être miens,
je me serais envolée
d'un tout autre nid,
d'un tout autre tronc d'arbre
serais-je sortie, en écaille.

La garde-robe de la nature
est riche en costumes divers.
Araignée, goéland, souris.
Ils vont à merveille, sans retouches,
et seront portés docilement
jusqu'à usure complète.

De même, je n'avais rien choisi,
mais je ne me plains pas.
J'aurais pu devenir quelqu'un
de bien - particulier.
Quelqu'un de la fourmilière, du banc,
de l'essaim bourdonnant,
ou d'un bout de paysage agité par le vent.

Quelqu'un de moins heureux
élevé pour la fourrure,
pour la table de fêtes,
quelque chose qui nage sous verre.

Un arbre captif de la terre
voyant le feu approcher.
Un brin d'herbe, foulé aux pieds
par le cours d'évènements insondables.

Née sous la mauvaise étoile
qui pour d'autres reste bonne.

Et si, chez les autres, je n'éveillais que peur ?
ou rien que dégoût ?
ou rien que pitié ?

Et si j'étais née
 dans une tribu mal choisie,
et que tous les chemins me fussent interdits ?

Pour l'instant, le sort a été
plutôt bienveillant avec moi.

Il aurait pu m'interdire
le souvenir des instants heureux.
Il aurait pu m'enlever
le goût des comparaisons.

J'aurais pu être moi - mais sans cet étonnement,
et cela voudrait dire
une autre".

Wislawa Szymborska
Je ne sais quelles gens

traduit du polonais par Piotr Kaminski

***

 

samedi 11 septembre 2021

* Qui étais-tu petit homme ?




Gabriel

"qui étais-tu petit homme ?

Comment es-tu devenu une personne capable de penser, et si tu étais capable de penser, où tes pensées t'ont-elles mené ?
Tes premières pensées, vestiges de la manière dont, petit enfant, tu vivais à l'intérieur de toi-même.
Tu ne peux te souvenir que de certaines d'entre elles, bribes et morceaux isolés, brefs éclairs de reconnaissance qui surgissent en toi de manière inattendue, à certains moments, au hasard, emmenés par l'odeur de quelque chose, ou le toucher de quelque chose, ou la manière dont la lumière tombe sur quelque chose dans le ici et maintenant de ta vie adulte.
Du moins tu penses que tu peux te souvenir, tu crois que tu te souviens, mais peut-être que  tu n'es pas du tout en train de te souvenir, ou que seulement tu es en train de te souvenir d'un souvenir plus tardif de ce que tu crois avoir pensé dans ces temps lointains, qui sont maintenant quasiment perdus pour toi.

La seule preuve que tu as que tes souvenirs ne sont pas complètement trompeurs, c'est le fait qu'il t'arrive encore, de temps en temps, de retomber dans tes anciennes manières de penser.
Des vestiges ont persisté jusqu'à tes soixante ans, l'animisme de ta petite enfance n'a pas totalement été chassé de ton esprit et, chaque été, alors que tu es allongé sur le dos dans l'herbe, tu lèves les yeux vers les nuages qui dérivent, et tu les regardes se transformer en visages, en oiseaux et en animaux, en Etats,
en pays et en royaumes imaginaires.
Les calandres des voitures te font toujours penser à des dents, et le tire-bouchon est toujours une ballerine qui danse.
En dépit des apparences, tu es toujours celui que tu étais, même si tu n'es plus la même personne"

Paul Auster - Excursions dans la zone intérieure (Reports from the interior)

(Réf. : Sur les épaules de Darwin - France Inter - émission de Jean-Claude Ameisen
émission du 31 mai 2014)

Au pays de la mémoire et de l'oubli..


-=-=-=-=-=-=-

  A tous ceux disparus il y a 20 ans,  à New-York lors de cette journée noire..
 
A tous ceux  près de soi que l'on n'a pas pris le temps de connaître, parce que l'on ne savait pas... et qui ne sont plus là...

A maman qui à sa place, efface et recrée des souvenirs dans un monde qui n'est plus le nôtre..

A Gabriel qui aura 9 ans, déjà,  en  décembre prochain, bien parmi nous, pour notre plus grand bonheur, de notre Amour, un jour se souviendra.

Den

-=-=-=-=-=-=-





 

vendredi 10 septembre 2021

Hélène Dorion - PAS MÊME LE BRUIT D'UN FLEUVE

 
Plus particulièrement pour Dédé, pour Anne G.
 
Avec toute mon amitié.
 
Den 
 
 

jeudi 9 septembre 2021

* Françoise Gilot : "je suis un sujet, je suis peintre"

Paloma à la Guitare, 1965 

                                                    Françoise Gilot

                                                    Paloma à la Guitare, 1965

                                                    Sale Date: May 27, 2021

                                                   Auction Closed

 

Françoise Gilot – Le Matrimoine

                                                                         Françoise Gilot

                                                                         Etude bleue

                                                             

  • Françoise Gilot
  • 1921–-

  • peintre

Françoise Gilot,   née le 26 novembre 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est une artiste peintre et écrivaine française.  Elle  suit les traces de sa mère aquarelliste après avoir débuté des études de droit.


En 1943, elle rencontre Picasso, alors amant de Dora Maar. et leur idylle dure dix ans ; ensemble ils ont deux enfants : Claude (1947) et Paloma Picasso (1949) ;  Picasso, durant leur période de vie commune, la représentera sous l'apparence de la Femme fleur, radieuse et solaire.

Cependant dans le sillage du Maître Picasso, elle continue à mener sa propre carrière d'artiste peintre.

Le couple joue un rôle important sur la scène artistique de l’après-guerre avec le groupe formé par Chagall, Miro, Beauvoir… Elle écrira un livre à succès sur cette période « Ma vie avec Picasso ».

Après leur séparation, Françoise Gilot épouse le peintre Luc Simon, dont elle a une fille, Aurélia. En 1970,


Elle épouse ensuite un docteur américain Jonas Salk  pionnier  de la vaccination de la poliomyélite, et partage son temps entre New York et Paris.

 Dès sa première exposition, en 1943, elle rencontre le succès. Son travail subit un temps l’influence de Matisse, mais elle ne cesse d’explorer, d’expérimenter avec passion : sa longue carrière révèle une évolution continuelle, une maîtrise de la couleur plus grande et plus audacieuse, une inventivité certaine dans la composition.


 Puis elle s’intéresse particulièrement aux domaines de la nature, du temps et de l’espace. On peut admirer ses œuvres dans plusieurs musées français et américains. Une exposition s'est tenue au musée du Vieux-Nîmes en 2012. Elle a reçu le titre d’officier de la Légion d’honneur en 2009.

Elle aura 100 ans à la fin de l'année 2021 ;  à  cette occasion  le musée Estrine de Saint Rémy-de-Provence organise une rétrospective consacrée à ses œuvres : « Françoise Gilot, les années françaises »

(Du 17 juillet au 23 décembre 2021)

 Une exposition aux toiles et aux dessins de Françoise Gilot. Une véritable réhabilitation artistique de cette femme qui a osé quitter Picasso après 10 ans de vie commune. Une artiste hors-norme ignorée et même désavouée par la France.

 

 Françoise Gilot,Liberté, 1952Huile sur toile, 146 X 114 cmCollection particulière (© Françoise Gilot, 2021, Cliché Mathieu Polo)

 

Durant leurs années de vie commune, un dialogue pictural s'est instauré entre Françoise Gilot et Pablo Picasso. Des objets tranchants entrent dans les cuisines de Françoise qui affirme sa colère et affine ses traits. Au milieu des années 60, l'artiste quitte la France pour les États-Unis afin d'exposer et d'exister. Elle connaîtra outre-Atlantique un succès important. 

Françoise Gilot, c'est MeToo. Elle affirme je ne suis pas qu'une créature, je suis une créatrice. Je ne suis pas un objet de peinture, je suis un sujet, je suis peintre.

Annie Maïllis

biographe et amie de Françoise Gilot

 

(cf wikipedia)

 


 

mercredi 8 septembre 2021

....* à l'amble du silence





Je grave-vite, en rai d'allume-hier et entends des airs ronds aux douces heures du jour,
qui est dans les collines de chênes-houx éperdues d'effluves qui filent d'où (?) dans le ciel si bleu....
j'attends... de  retrouver mon chemin sur la page qui se réveille, inondée de ton soleil et de ton vivre
à l'amble du silence gardé près-cieux-aimant.

Den


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mardi 7 septembre 2021

*Le passant du temps....




"Au mot présent, il faut préférer le mot plus sûr de passant.
Le présent est le passant du temps.
(Et) il est possible que dans le passant du temps, le passé soit l'énergie. Comme le mot courant dit quelque chose de plus profond que toute l'eau du fleuve".

Pascal Quignard
Les Ombres Errantes

(Réf. Sur les épaules de Darwin - émission de France Inter - de Jean-Claude Ameisen)
du 17 Août 2014

Le passant du temps


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