lundi 6 juillet 2020

Jean Jacques Dorio "Ça a passé"


Découverte bien poétique de chez "rêveuse de mots"
...

emprunté....


Merci.


Den







mercredi 1 juillet 2020

*On a poussé les meubles



La commode aux tiroirs de couleurs par Ruiz



à mes parents, mon frère
et toute ma famille.

A Nino.




Se taire et brûler de l'intérieur est la pire 
des punitions qu'on puisse s'infliger.

Federico Garcia Lorca


Le déracinement pour l'être humain 
est une frustration qui d'une manière
ou d'une autre modifie la clarté de son âme.

Pablo Neruda.



Prologue


On a poussé les meubles et dansé toute la nuit dans un bain de larmes avec Papi, ça nous a fait du bien. Ma fille Nina s'est réveillée et s'y est mise aussi. On avait déjà réussi à lui refiler le virus.
Je n'avais pas envie de laisser Papi ce midi. Il n'a plus rien, lui, maintenant que ma grand-mère est partie.

J'arrive à pied en haut de la Butte, haletante, mon sac  sous un bras et ma fille endormie dans l'autre.
Epuisée par mon chagrin, j'ai soudain la sensation d'être ma grand-mère quatre-vingts ans plus tôt, gravissant les Pyrénées. Grelottante. Perdue. Amputée. Elle de sa terre. Moi de sa présence désormais.

Tant de gens sont venus saluer sa mémoire, ni mon grand-père ni moi ne connaissions la moitié de l'assistance. Elle a dû en emporter des secrets  dans sa tombe, la canaille....Nous nous sommes sentis plus fiers encore d'avoir occupé les deux premières places dans son coeur.

J'ai mal aux jambes. Le Sacré-Coeur semble encore avoir pris un ou deux étages, comme les soirs où je rentre trop saoule. Je m'arrête. Plus que six mètres. Plus qu'à s'y mettre, comme disait l'Abuela.

J'ouvre la porte de mon appartement, allume la lumière, et elle est là. La commode. Chez moi. Au milieu du salon. Et de la cuisine d'ailleurs. Elle sera restée magique même après son départ, ma grand-mère. Cette pensée me fait sourire. Et pleurer. Puis réaliser. Que vais-je faire de cette foutue commode ? Trente mètres carrés, c'est confortable pour Nina et moi. Mais trente mètres carrés à partager avec la commode, ça va devenir compliqué.


Quand l'énigmatique objet de notre convoitise est arrivé dans la maison de ma grand-mère, j'avais quatre ans. Cet évènement est si frais dans ma tête que j'ai l'impression qu'il date d'il y a moins d'une heure. Avec mes cousins, on s'est enfiévrés mille fois en tentant de fourrer le nez dans une commode, attirés comme des aimants à  bétises  par l'arc-en-ciel de tiroirs, les petites clefs sur chacun d'eux qui suppliaient d'être tournées, le métal doré qui renforçait les angles pour nous les rendre plus inaccessibles encore. Mais à chaque fois notre mamie a poussé un de ces cris suraigus radicalement dissuasifs dont elle seule avait le secret. Et nous, nous avons pris la poudre d'escampette en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner des yeux. Ces essais loupés finissaient souvent par de grands conciliabules familiaux durant lesquels notre jeune génération imaginait une mamiethologie invraisemblable.

- Et si le tiroir jaune contenait une photo de moi et de ma soeur siamoise, qui, elle, serait morte le jour de l'opération pour nous séparer ?
ça expliquerait ma cicatrice sur le crâne....

Mon petit cousin Maxime avait sa thérorie sur le tiroir bleu :

- Je crois que le secret que l'Abuela cache là-dedans, c'est que je suis le frère de notre cousin Yannick.
ça me travaille. Je lui ressemble beaucoup plus qu'à toi. Comme Maman a eu des complications le jour de ta naissance, elle a dû devenir stérile et on m'a offert à elle pour la consoler.

Mais nos questions sur la commode demeuraient sans réponses. Enfant, je jouais de ma position de favorite pour que l'Abuela me dévoile le précieux trésor. Elle m'appelait si fièrement "mon tournesol". Mais rien n'y faisait. Ma grand-mère, depuis toujours, c'est elle qui décide, elle qui nous mate. Elle est comme sa cuisine, d'abord elle te tente irrésistiblement, te surprpend, puis te violente de son tempérament épicé. Quand le repas est terminé pourtant, c'est une saveur suave qui te reste dans la bouche, rassurante  parce qu'elle te donne l'impression d'être aimé passionnément.

J'ai tellement attendu ce moment que je risque de mourir après l'avoir vécu. Enfin, après tant d'années d'impatience domptée, je vais savoir pourquoi elle s'emballait à  ce point pour cacher le secret que renfermaient ces dix tiroirs. Ma grand-mère les nommait ses renferme-mémoire.

J'ai couché ma fille. Elle lui ressemble tellement. J'espère que je serai une aussi bonne maman qu'elle le fut pour moi. J'ai mis un vinyle d'Ennio Morricone. Abuela. Personne ne l'a jamais appelée autrement. Avec ses yeux noirs et sa peau tannée, ça lui allait bien l'Abuela. Il Padrino. L'Abuela. Dans ma famille, de toute façon, de mère en fille on appelle sa grand-mère "Abuela".

Pour aller me faire un thé, je suis passée devant la commode. Les larmes et le sourire se sont brutalement invités sur mon visage, comme deux convives mal assortis. Sentant le moment au bout de ma main, j'ai huit ans et une palette d'émotions allant de l'envie fiévreuse à la conscience déjà nostalgique qu'une grande page va se tourner. ça pétarade en moi comme le moteur d'une Harley. Je me reprends. C'est vraiment tout ce qu'elle déteste, la sensibilité. Je ne l'ai jamais vue pleurer, et je savais qu'elle m'aimait forte, indéboulonnable, comme elle. Ce que j'étais. Presque. Ce que j'aurais aimé être.

Dans cette famille, nous parlions beaucoup, à pleine voix, et surtout pour ne rien se dire. La seule fois, et surtout pour ne rien se dire. La seule fois où elle a réagi à un de mes je t'aime, elle a répondu : "Nous aussi on t'aime bien." Je n'ai jamais cessé de le lui dire pour autant. J'ai même fini par aimer ça, le dire à sens unique. A chaque seconde son amour pour moi transpirait par tous ses pores. Pas besoin de mots. Ni de gestes tendres. Ou alors elle les offrait au chien, qu'elle caressait en me regardant. Lui, il me les rendait volontiers dans la foulée, ces câlins.

L'énorme commode en chêne massif abrite dix tiroirs. Trois rangées de trois, pas parfaitement alignés, et un petit rose en dessous, seul. Ma fascination pour l'interdit n'a pas diminué avec les années, j'ai l'impression que je vais  mettre ma main dans le feu. Je guette le dixième tiroir, le plus petit, celui qui n'a rien à faire là. Le plus mystérieux.

Ma main perd ses moyens, s'agrippe à sa clef. J'ai le vertige de savoir ce que je vais découvrir. Je l'ouvre lentement, savourant chaque seconde avant que le voile ne soit définitivement levé.

Ce tiroir est bien rempli, je le sens du bout de mes doigts moites et tremblants. Du collier de macaronis au cendrier en pâte à sel, mes plus grandes oeuvres s'y trouvent. Elle a gardé absolument tout ce que j'ai confectionné pour elle. Un festival d'horreurs conservé tels des trésors.
Les souvenirs resurgissent. Je m'éloigne et fais les cent pas. Comme si je n'étais pas encore prête à entamer le grand voyage. Le tiroir rose en dira  peut-être assez pour le moment.

J'en sors une photo de mes cousins et moi devant le mobile home que louaient Papi e l'Abuela chaque été au camping de Narbonne-Plage. Nos sourires coquins et la joie de vivre qui émane de nos visages rafraîchissent le papier délavé. Nous étions heureux. Dormir tête-bêche à six dans le lit des grands-parents, avec eux bien sûr, ne nous posait aucun problème. Au contraire, quand l'un  de nous était trop grand et devait passer au lit de camp pour laisser sa place à un plus jeune, c'était le drame.  L'Abuela et Papi étaient toute notre vie.
Toute la mienne surtout. Je me sentais à l'abri auprès d'eux lorsque j'étais enfant. J'espère qu'à mon tour j'ai réussi à leur procurer cette sensation quand les années les ont fragilisés.

L'Abuela a été le ciment de notre famille. Certains diraient que nous couler tous ensemble dans un bloc de béton au café de Marseillette n'était pas un cadeau à nous faire. L'Abuela de toute façon, si elle a décidé que quelque chose est bon pour toi, tu n'as aucune marge de manoeuvre. Autant se faire une raison.

Je reluque la commode du coin de l'oeil.
J'aperçois une enveloppe au fond du tiroir rose, je reconnais l'écriture appliquée de ma grand-mère. Et s'il y en avait d'autres ? je commence à comprendre....

Il va falloir y aller maintenant : attaquer par le premier tiroir, quitte à ne plus lâcher jusqu'au petit matin. J'ai retourné le vinyle de Morricone.
Je me suis assise devant la commode aux tiroirs de couleurs.

A nous deux maintenant Abuela. Surprends-moi. Encore.

Olivia Ruiz

La commode aux tiroirs de couleurs.

Roman

JC Lattès


*****

Je profite de vous souhaiter de douces vacances, belles comme vous les aimerez....à l'ombre ou au soleil, profitez au maximum les uns des autres.... guettez chaque souffle de la nature qui traduit la verdeur, qui réveille les chants, chaque senteur fleurie,......vivez vos rêves chaque jour intensément  ...

Prenez bien soin de vous.

 
Je ne vous oublie pas.
Je passerai vous lire de temps en temps tresser vos rimes, vos bulles souriantes, vos cordes harmonieuses...

A bientôt.

Je vous embrasse  .
Den





samedi 27 juin 2020

*Nous n'héritons pas de la terre


"Nous n'héritons pas de la terre de nos parents,
nous l'empruntons à nos enfants"

Antoine  de Saint-Exupéry




Doux week-end à chacune chacun d'entre vous.


Den

 

 

mercredi 17 juin 2020

*Je cherche une adresse

 

 

vendredi 5 juin 2020
par Augustin Trapenard
France Inter

lettre d'intérieur

 

"Un jour on va mourir. On ne se sera jamais reparlé. Je pense qu’on a des choses à se dire."- Christine Angot

 

Christine Angot est écrivain. Dans cette lettre elle lance un appel bouleversant à son demi-frère. Un frère perdu de vue, dont elle ne connait ni l'adresse, ni le numéro de téléphone. Un frère qu'elle aimerait revoir. 


"Je voulais que tu saches que depuis des années je cherche une adresse, ou un numéro où te joindre. J’aimerais te voir." : Christine Angot cherche à retrouver son frère
 
"Je voulais que tu saches que depuis des années je cherche une adresse, ou un numéro où te joindre. J’aimerais te voir." : Christine Angot cherche à retrouver son frère © Getty / 
 
 
Paris, le 3 juin 2020

Cher Philippe,

On m’a dit que tu habitais toujours à Strasbourg. Tu es mon demi-frère. Nous avons le même père. J’avais vingt-huit ans quand je t’ai rencontré. Tu devais en avoir vingt-deux. On s’est croisé quelques fois. On s’est raté. L’inceste que j’ai subi de treize à seize ans est le motif principal de ce ratage.

Mon père, qui est aussi le tien, et que j’ai rencontré l’année de mes treize ans comme tu le sais, ne souhaitait pas que je vous rencontre quand vous étiez petits. La première chose que j’ai demandé à mon père, à treize ans quand j’ai fait sa connaissance, malheureusement huit jours après il s’est permis de m’embrasser sur la bouche, et de me dire que son sexe était dur quand il me parlait au téléphone, mais la phrase que je lui ai dite le plus souvent, c’est : quand est-ce que je pourrais rencontrer tes enfants ? Vous ne connaissiez pas mon existence. Ta mère et lui ont eu peur que ça vous perturbe et que ça perturbe vos études. Ils ont attendu que vous passiez le bac.

Philippe, je ne veux pas raconter toute l’histoire, c’est pour que les gens qui nous écoutent comprennent. Ce que je veux te dire à toi, c’est que je regrette qu’on se soit raté. Je sais que tu as été désireux d’avoir des liens avec moi, tu as essayé, tu es venu me voir à Nice et je ne t’ai pas répondu, je sais qu’on s’est croisé une fois à Paris et que ça s’est mal passé. Je sais tout ça.

Ensuite, quand mon père est mort, notre père, tu n’avais pas ma nouvelle adresse, j’habitais Montpellier, tu as téléphoné à Paris chez mon éditeur. Je t’ai rappelé. Tu m’as dit qu’il était mort le matin. Je ne le voyais plus déjà depuis longtemps. Cette année-là, justement, je publiais mon livre, L’Inceste. Je veux te remercier de m’avoir appelée ce jour-là. Tu m’as proposé de venir à l’enterrement, je regrette de ne pas être venue. Je n’avais pas la force d’y aller seule. Et je n’ai trouvé personne pour m’accompagner. Je t’ai donné mon numéro de téléphone. Tu m’as rappelée le soir à mon hôtel. Tu avais envie qu’on se revoie. J’étais d’accord. Mais j’ai ajouté que c’était compliqué parce que j’avais quand même vécu des choses très graves avec mon père qui est aussi le tien. Et là, tu m’as dit quelque chose que je n’ai pas pu supporter. « Toi, tu dis ça. Mais lui, il disait que c’était faux. » J’ai répondu : « Si tu penses ça, on ne pourra pas se voir Philippe. »

Maintenant, le temps a passé. J’espère que tu vas bien. Je voulais que tu saches que depuis des années je cherche une adresse, ou un numéro où te joindre. J’aimerais te voir. Une amie journaliste a même fait des recherches. Récemment, je suis allée à Strasbourg à l’invitation du TNS. Dans les rues, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que j’allais peut-être te croiser. Un grand jeune homme blond. Je ne sais pas quel est ton visage d’adulte.

Un jour on va mourir. On ne se sera jamais reparlé. Je pense qu’on a des choses à se dire. Tu es mon frère.

Je t’embrasse,


Christine

 

mardi 9 juin 2020

*L’âme et l’ancolie





Textes, poèmes,et lettres d’intérieur d’auditeurs (semaine 9)


Merci pour ce très bel instant quotidien que nous offrent les lettres d’intérieur depuis le début du confinement. C’est une jolie manière de prendre de la hauteur dans ces temps difficiles




ancolie


"L’âme et l’ancolie 

L’ancolie : Est-ce que les fleurs ont une âme ? 

L’âme : Est-ce que les âmes ont des fleurs ? 

L’ancolie : Des fleurs ? Les âmes ? J’ai entendu parler d’âmes en pleurs, en leurres, en fêlures, alors pourquoi pas en fleurs ma foi ? 

L’âme : Ma foi si c’est une question de foi, et puisque les fleurs ont un cœur, alors pourquoi n’auraient-elles pas d’âme ? 

L’ancolie : Dire pourquoi n’en auraient-elles pas n’est pas dire si elles en ont. 

L’âme : Oui mais c’est déjà quelque chose que de poser la question. 

L’ancolie : Poser une question n’est pas apporter une réponse. 

… On ne pose de questions qu’à des réponses … 

L’ancolie : Qui intervient ainsi dans notre conversation ? 

L’âme : Quelqu’un qui dit quelque chose 

L’ancolie : Qui dit quoi ? 

L’âme : Là, quand tu parles, quoi que tu dises tu dis quelque chose. 

L’ancolie : Même si on ne sait pas quoi ? 

L’âme : On sait toujours même si c’est autre chose que ce que l’on croit savoir. 

L’ancolie : Alors on ne peut jamais savoir si on se comprend ? 

L’âme : On se comprend puisqu’on se parle et se répond. 

L’ancolie : Oui mais si je dis bleu et que tu comprends blanc, on croira se parler quand ce ne sera que du vent. 

L’âme : Ne prends donc pas à la légère les murmures du vent. 

L’ancolie : Tes mots sont jolis mais ils ne sont pas clairs. 

L’âme : Sont-ils sombres ? 

L’ancolie : Non mais tu joues là, quand moi je cherche. 

L’âme : Tu cherches quoi ? 

L’ancolie : Si les fleurs ont une âme, si les âmes ont des fleurs, ce que raconte le vent quand il murmure dans les feuillages. 

L’âme : Si les fleurs sont du vent jeté à nos regards, si le vent a une âme quand il rompt les amarres des navires au repos, si les âmes fleurissent sous l’écho d’un sourire… 

L’ancolie : Oui, tout cela et bien d’autres choses encore… est-ce sans importance ? Que disent les mots qu’on dit de ce que l’on veut dire ? Ont-ils une réalité en dehors de toi, au delà de moi ? 

L’âme : Les mots ne prennent vie que lorsqu’on les prononce. 

L’ancolie : Alors ils n’ont de sens que celui que leur donne celui qui les énonce ? 

L’âme : Non. Ils ont aussi le sens qui convoque celui qui les reçoit. 

L’ancolie : Tu tournes âme, tu brodes, tu voltiges sur les mots. 

L’âme : Je tourne, je voltige tout autour de ta tige fleur, j’erre tout comme toi dans l’air du temps, un petit air de rien du tout dans une des ères de la Terre. 

L’ancolie : L’âme erre ? 

L’âme : Elle ne fait que cela, sur la Terre du moins. 

L’ancolie : Et sur le ciel du plus que fait-elle alors ? 

L’âme : A l’or ? Elle ne fait rien. Sur le ciel du plus l’or est comme l’air, juste un souffle d’ambre dans le collier des ancolies. 

L’ancolie : Juste des lamelles en colis ? 

L’âme : Juste une peau éthique. 

L’ancolie : Juste un désordre de mots ? 

L’âme : Juste des mots-quête 

L’ancolie : Juste des mots que rit le vent ? 

L’âme : Juste une légère brise qui traverse les murs-murs.

L’ancolie : Les murs humains ? 

L’âme : Les murs de l’entendement. 

L’ancolie : Ainsi tu dis âme que les mots soufflent un air qui traverse les murs ? 

L’âme : Oui. 

L’ancolie : Que la parole dit de soi bien plus qu’on ne le croit ? 

L’âme : Oui. 

L’ancolie : Que les mots, toujours, dépassent les pensées ? 

L’âme : Ils les pansent. 

L’ancolie : Ils les blessent aussi. 

L’âme : C’est vrai. 

L’ancolie : Les embrouillent, les emmurent, les divisent, les éclatent. 

L’âme : C’est vrai. 

L’ancolie : Des éclats de pensée ça se fiche dans le cœur. 

L’âme : Dans l’âme aussi tu sais. 

L’ancolie : Alors comment on sait ? 

L’âme : Comment on sait quoi fleur ? 

L’ancolie : Vers quels mots se tourner ? 

L’âme : Je vais te confier un secret. 

L’ancolie : Un secret d’âme ?
L’âme : Non un secret de fleur que les âmes apaisées ont saisi. 

L’ancolie : Un secret de fleur ? Je ne connais nul secret que tu ne saches. Je ne suis qu’une fleur enracinée à la terre qui m’a faite, et si je brille quelques heures c’est juste pour offrir mon cœur aux papillons, aux colibris, et puis je meurs. Je puise dans la terre de quoi étancher ma soif, je m’ouvre au soleil qui me réchauffe et me fait belle, alors les papillons viennent se nourrir de ma sève et tout est dit sur ma vie d’ancolie. 

L’âme : Et voilà, je le savais ! 

L’ancolie : Tu savais quoi ? 

L’âme : Que tu savais. L’ancolie :
je sais quoi ? 

L’âme : Que tu le connaissais le secret. 

L’ancolie : Quel secret ? 

L’âme : Celui que tu viens d’énoncer. 

L’ancolie : Boire la pluie et se tourner vers le soleil c’est un secret ça ? 

L’âme : Oui. C’est même le plus grand des secrets, le mieux gardé. Tout le monde le sait et personne ne le connaît. 

L’ancolie : ????? 

L’âme : Tu te tournes des racines aux pétales vers ce qui te fait belle, tu prends ce dont tu as besoin et tu le restitue en sucs, en miel, au peuple du ciel. Que veux-tu de plus ? Que peut-on espérer de plus ?
L’ancolie : Alors c’est ce que font aussi les âmes apaisées ? 

L’âme : Je crois, oui. 

L’ancolie : Prendre et restituer ? 

L’âme : Se tourner vers ce qui leur fait du bien, et le restituer, oui. 

L’ancolie : Mais je le fais sans y penser. 

L’âme : Tu as bien de la chance fleur, ton instinct te rend sage. Les pensées sont si encombrantes parfois ! Si tu savais toute l’énergie dépensée dans les pensées empesées ! On se fait du mal tant on a envie de se faire du bien. L’ancolie : Ainsi donc le problème des âmes c’est la pensée ? 

L’âme : Oui. 

L’ancolie : Mais une âme qui ne penserait pas ne pourrait plus porter le nom d’âme. 

L’âme : C’est effectivement là tout le problème. 

L’ancolie : Alors les âmes devraient apprendre à cesser de penser ? 

L’âme : Peut-être, oui, en effet.

L’ancolie : Et c’est si difficile que cela ? 

L’âme : Si tu savais fleur ! 

L’ancolie : Es-tu une âme apaisée ? 

L’âme : Et non fleur, je ne suis qu’une âme qui cherche. 

L’ancolie : Qui cherche quoi ? 

L’âme : ……………. 

L’ancolie : Âme ?"

dimanche 7 juin 2020