lundi 6 avril 2020

Le message de soutien et remerciement des Bleus, Equipe de France I FFF ...


*Seul l'amour sait nous raconter


jeudi 2 avril 2020
par Augustin Trapenard

France Inter

Lettre d'Intérieur


"Seul l’amour sait nous raconter à ceux qui savent écouter..." - Yasmina Khadra

 

 

Yasmina Khadra est écrivain. Il est né en Algérie. On lui doit notamment "Les hirondelles de Kaboul". Dans cette lettre adressée à sa mère décédée, il lui témoigne sa reconnaissance, se souvient d'instants de grâce, et exprime son désarroi face au temps qui sépare les êtres qui se sont aimés. 


"C’est toi qui m’a appris à faire d’un mot une magie, d’une phrase une partition et d’un chapitre une saga" Yasmina Khadra rend hommage à sa mère dans une lettre émouvante  

Paris, le 2 avril 2020.

Ma chère petite maman,

Depuis quelques jours, je suis confiné chez moi à cause du coronavirus. L’enfermement est devenu une habitude, pour moi. Je sors rarement. Le temps parisien ne se prête  guère à un enfant du Sahara qui ne reconnaît le matin qu’à sa lumière éclatante et qui a toujours rangé la grisaille du côté de la nuit.

Je suis en train de terminer un roman — le seul que j’aurais aimé que tu lises, toi qui n’as jamais su lire ni écrire. Un roman qui te ressemble sans te raconter et qui porte en lui le sort qui a été le tien.
Je sais combien tu aimais la Hamada où tu adorais traquer la gerboise dans son terrier et martyriser les jujubiers pour quelques misérables fruits. Eh bien, j’en parle dans mon livre comme si je cherchais à revisiter lieux qui avaient compté pour toi. Je parle des espaces infinis, des barkhanes taciturnes, des regs incandescents et du bruit des cavalcades. Je parle des héros qui furent les tiens, de Kenadsa et de ses poètes, des sentiers poussiéreux jalonnés de brigands et des razzias qui dépeuplaient nos tribus.

C’est toi qui m’as donné le courage de m’attaquer enfin à cette épopée qui me hante depuis des années. Je craignais de n’avoir pas assez de souffle pour aller au bout de mon texte, mais il a suffi que je pense à toi pour que mes peurs s’émiettent comme du biscuit.

Chaque fois que j’emprunte un chapitre comme on emprunte un passage secret, je perçois une présence penchée par-dessus mon épaule. Je me retourne, et c’est toi, ma maman adorée, ma petite déesse à moi. Je te demande comment tu vas, Là-haut ? Tu ne me réponds pas. Tu préfères regarder l’écran de mon ordi en souriant à cette écriture si bien agencée dont tu n’as pas les codes. Je sais combien tu aimes les histoires. Tu m’en racontais toutes les nuits, autrefois, lorsque le sommeil me boudait. Tu posais ma tête sur ta cuisse et tu me narrais les contes berbères et les contes bédouins en fourrageant tendrement dans mes cheveux. Et moi, je refusais de m’assoupir tant ta voix était belle. Je voulais qu’elle ne s’arrête jamais de bercer mon âme. Il me semblait, qu’à nous deux, nous étions le monde, que le jour et la nuit ne comptaient pas car nous étions aussi le temps.

C’est toi qui m’a appris à faire d’un mot une magie, d’une phrase une partition et d’un chapitre une saga. C’est pour toi, aussi, que j’écris. Pour que ta voix demeure en moi, pour que ton image tempère mes solitudes. Toi qui frisais le nirvana lorsque tu te dressais sur la dune en tendant la main au désert pour en cueillir les mirages ; toi qui ne pouvais dissocier un cheval qui galopait au loin d’une révélation divine, tu te sentirais dans ton élément dans ce roman en train de forcir et tu ferais de chacun de mes points d’exclamation un point d’honneur. Comment oublier l’extase qui s’emparait de toi au souk dès qu’un troubadour inspiré se mettait à affabuler en chavirant sur son piédestal de fortune ?

Pour toi, comme pour Flaubert — un roumi qui n’était ni gendarme ni soldat, rassure-toi — tout était vrai. Etaient vraies les légendes décousues, vraie la rumeur abracadabrante, vrai tout ce qui se disait parce que, pour toi, c’était cela le pouls de l’humanité. Quand il m’arrive de retourner à Oran, je vais souvent m’asseoir à notre endroit habituel et convoquer nos papotages qui se poursuivaient, naguère, jusqu’à ce que tu t’endormes comme une enfant.

C’était le bon vieux temps, même s’il ne remonte qu’à deux ans — deux ans interminables comme deux éternités. Nous prenions le frais sur la véranda, toi, allongé sur le banc matelassé et moi, tétant ma cigarette sur une marche du perron, et nous nous racontions des tas d’anecdotes en riant de notre candeur. Tu plissais les yeux pour mieux savourer chaque récit, le menton entre le pouce et l’index à la manière du Penseur.

Mon Dieu ! Que faire pour retrouver ces moments de grâce ? Quelle prière me les rendrait ? Mais n’est-ce pas dans l’ordre des choses que de devoir restituer à l’existence ce qu’elle nous a prêté ? On a beau croire que le temps nous appartient, paradoxalement, c’est à lui que revient la tâche ingrate de séparer à jamais ceux qui se chérissent. Ne reste que le souvenir pour se bercer d’illusions. Ma petite maman d’amour, depuis que tu es partie, je te vois dans toute grand-mère ? Qu’elles soient blondes, brunes ou noires, il y a quelque chose de toi en chacune d’elles. Si ce ne sont pas tes yeux, c’est ta bouche ; si ce n’est pas ton visage, ce sont tes mains ; si ce n’est pas ta voix, c’est ta démarche ; si ce n’est rien de tout ça, c’est l’émotion que tu as toujours suscitée en moi.

Et pourtant, partout où je vais, même là où il n’y a personne, c’est toi que je vois me faire des signes au fond des horizons. Tantôt étoile filante dans le ciel soudain triste que tu lui fausses compagnie, tantôt île de mes rêves au milieu d’un océan de tendresse aussi limpide que ton cœur, tu demeures mon aurore boréale à moi. Si je devais un jour te rejoindre, maman, je voudrais qu’il y ait une part de nous deux dans tout ce qui nous survivrait. Puisque seul l’amour sait nous raconter à ceux qui savent écouter.

Yasmina Khadra





dimanche 5 avril 2020

*Je vous aime

"Mes chéris, savez-vous combien je vous aime ?" Susie Morgenster



mardi 31 mars 2020
par Augustin Trapenard

France Inter
Lettre d'Intérieur





Susie Morgenstern est née dans le New Jersey, aux Etats Unis. Elle vit et travaille à Nice, où elle écrit des livres pour la jeunesse. Dans cette lettre adressée à ses petits-enfants, elle parle de procrastination, d'écriture et de solidarité. 


"Mes chéris, savez-vous combien je vous aime ?" Susie Morgenstern
 
"Mes chéris, savez-vous combien je vous aime ?" Susie Morgenstern © Getty 
Nice, le 31 mars 2020

Chers Yona, Noam, Emma et Sacha,

Vous le savez déjà : je ne suis pas une fée du ménage. Je suis disciplinée pour certaines choses et pas pour d’autres. Mais, je voudrais profiter de cette période de confinement à Nice pour faire le grand nettoyage de printemps sachant que je ne suis pas douée.

Je vais vraiment m’appliquer. D’abord, j’écris quelques lignes pour me donner du courage et puis promis, j’y vais. Et oui, je préfère écrire une histoire que de faire le tri dans mes affaires. Me voilà prête. J’ouvre un tiroir, la boîte de Pandore, une jungle de machins et de trucs que la consommation frénétique de ma jeunesse a fait s’accumuler. Je regarde, consternée, mais je ne touche à rien ! Est-ce que j’ai vraiment besoin de quatre louches, trois couteaux à pain, six paires de ciseaux, cinq agrafeuses et des collections infinies de pacotille ?

Je ne referme pas le tiroir, mais je m’enfuis devant mon écran. Tout sauf ça. La mauvaise conscience me pousse à y retourner et à contempler la scène du crime. Je garde tout, au cas où l’un de vous en aurait besoin le jour où vous vous installerez en ménage. (Il y a une louche pour chacun d’entre vous !)

Je prépare mon déjeuner.

Le tiroir me nargue. Après la sieste, peut-être …

Au lit, je ne me permets pas plus de cinq pages de relecture de Virginia Woolf « Une chambre à soi ». Au compte gouttes pour savourer.  Et comme chaque fois que je lis un chef d’œuvre, j’espère que vous le lirez aussi. Que vous lirez tout court !

Je retourne au travail. Je parcours mes messages. On me demande un article. Autant commencer tout de suite. Mais le tiroir est ouvert comme la bouche béante d’un monstre. Je remarque un chocolat qui aurait pu être là depuis l’antiquité.

Je le mange. Et puis d’un coup décisif et déterminé, je vide le tiroir pour former une montagne sur la table de la salle à manger. Il y a un vieux cahier et des stylos. Je m’assois pour les essayer et je retrouve le plaisir d’écrire sur du papier. Je pense à tous mes manuscrits écrits à la main avec nostalgie.

Mes yeux tombent sur un paquet de ballons de toutes les couleurs, un stock suffisant pour une future fête gigantesque. J’en gonfle un. Puis, un à un, je les gonfle tous. C’est un effort considérable, mais je ne peux pas m’arrêter. Les ballons remplissent la maison de légèreté, d’espoir, de folie. Un à un je les envoie par la fenêtre, mon message de gratitude et d’admiration au personnel soignant. Je les connais bien après ma longue maladie, ces anges sur terre, nos héros. Chaque ballon dit « I love you ! »
Comme les ballons sont appropriés

! Aujourd’hui c’est mon anniversaire: j’ai 75 ans ! Happy birthday to me !

Mes ballons expédiés, je fixe le contenu du tiroir, je fais les cent pas et d’un geste définitif et concluant, je remets toute la pagaille à sa place. Dans un mois peut-être ?-

Entre temps, ne serait-il pas urgent et important de vider le tiroir du bric à brac qui se trouve dans ma tête ?

Mes chéris, savez-vous combien je vous aime ?

Votre Bubie, Susie Morgenstern




mercredi 1 avril 2020

Mon livre de prières...



Le jeu de cartes 




"Mesdames messieurs, ce jeu de cartes, c'est ma bible et mon livre de prières.

Je sais ça peut vous paraître bizarre mais quand je regarde l'as, il me rappelle que nous n'avons qu'un seul dieu.

Quand je vois le 2 je me souviens que la Bible est divisée en 2 parties : l'ancien et le nouveau testament.

Quand je vois le 3, je pense au père, au fils et au saint esprit.

Quand je vois le 4 je songe aux 4 disciples qui prêchèrent la bonne parole. Il y avait Mathieu, Marc, Luc et Jean.

Quand je vois le 5 je pense aux 5 vierges qui coupaient les mèches de leur lampe.

Quand je regarde le 6 je me souviens que Dieu a eu besoin de 6 jours pour créer le ciel et la terre.

Le 7 me ramène à l'esprit que le 7ème jour il se reposa.

Devant le 8 je songe aux 8 personnes droites et justes que Dieu a sauvé lorsqu'il détruisit la terre.

Quand je regarde le 9 je pense aux lépreux que notre seigneur purifia : 9 sur 10 ne l'ont pas remercié.

Le 10 représente les 10 commandements.

Le valet, lui c'est le diable.

La reine, c'est la sainte vierge bénie entre toutes les femmes et le roi me rappelle encore une fois qu'il n'y a qu'un roi dans l'univers : Dieu tout puissant.

Vous voyez mesdames messieurs, si je compte tous les points dans un jeu de cartes il y a 365 : le nombres de jours dans une année.

Il y a 52 cartes : le nombre de semaines dans une année.

Il y a 12 personnages, le nombre de mois.

Il y a 4 familles, les 4 saisons.


Vous voyez mesdames messieurs, ce jeu de cartes, c'est ma bible et mon livre de prières."






par Roland Magdane 

 

 

mardi 31 mars 2020

*Je vous fais une lettre !

 

 Lettres d'interieur

lundi 30 mars 2020

 

 

"Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie..." : Annie Ernaux

 

Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président.






"Monsieur le Président, je vous écris une lettre..."
"Monsieur le Président, je vous écris une lettre..." © Getty / AnthiaCumming
Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie.

 Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité.

Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.


Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité.

Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.


Annie Ernaux

 

 

lundi 30 mars 2020

David Hallyday - Imagine un monde


*Avant.....







vendredi 27 mars 2020
France Inter 
Lettre d'Intérieur

"Je vais essayer de te dire comment c'était d'être une femme quand j'avais vingt ans..." - JMG Le Clézio




Il est écrivain. En 2008 il recevait le prix Nobel de Littérature. Dans cette lettre, adressée à sa petite fille, il fait le voeu d'une société dans laquelle les femmes ne seront plus victimes de la violence des hommes. 


Jeune fille des années 1960
Jeune fille des années 1960 © Getty / picture alliance

Nice, le 27 mars 2020

You've come a long way baby

(Réclame pour les cigarettes Virginia slim)

Pour Itzi, qui aura vingt ans en 2040,

Je vais essayer de te dire comment c'était d'être une femme quand j'avais vingt ans.

Tomber enceinte en dehors du mariage, à cette époque, c'était entrer dans un cauchemar. La contraception n'existait pas vraiment, pour une fille il était absolument impensable d'entrer dans une pharmacie et de demander des préservatifs. Elle pouvait (avec l'accord de ses parents) se faire placer un stérilet, mais quels parents auraient accepté cette honte? Il existait, en revanche - et tout le monde le savait, même si personne n'en parlait ouvertement, des spécialistes, des faiseuses d'anges (c'était le joli surnom sinistre que ces femmes portaient).
Être une femme libre de son corps à cette époque était très compliqué. Mais il y avait beaucoup d'autres problèmes. Je ne vais pas te parler des brutalités que les hommes faisaient parfois subir aux filles - en toute impunité, parce que, sous la pression morale des familles, il était impensable qu'une fille portât plainte pour des attouchements ou viol. Je me contenterai de mentionner le climat d'extrême prédation qui régnait à peu près partout, par exemple a la Fac de Lettres, où un des profs (un docteur en littérature américaine) s'attaquait systématiquement a toutes les étudiantes, les convoquant dans son bureau sans témoins pour essayer d'obtenir, en échange d'une bonne note aux examens, des faveurs qu'elles essayaient de refuser. Cet homme était une des stars de l'Université, bardé de décorations et encensé par l'Académie. C'était aussi un salopard, mais personne n'en  parlait.

Apprendre à être une femme, en ce temps la, c'était apprendre à vivre dangereusement. En silence. Pourtant, l'amour existait, et dans l'innocence et l'expérience, la violence de la vie trouvait bien sa rédemption.

À l'heure où je t'écris cette lettre - alors que tu commences à peine à vivre - les femmes ont décidé de ne plus se soumettre à la violence de certains hommes. Elles ont décidé de se battre, de faire savoir, de résister. Tu devras les admirer pour cela, et opposer un sarcasme à la prétendue indignation de tous ceux qui veulent voir dans ce combat un ressaut de puritanisme et une moralisation militante, voire une manœuvre pour prendre le pouvoir. Ce combat n'est pas facile : l'on discute beaucoup sur la différence qu'il y aurait entre l'artiste et la vie. L'art aurait le privilège de se situer dans les limbes, au-dessus de toute morale. Par son talent, l'artiste transcenderait les turpitudes de sa conduite réelle. J'espère que dans le temps où tu vivras, loin de moi, loin de notre époque un peu folle, on ne se posera plus cette question - et que seront définitivement renvoyés dans la nuit des mythes la Barbe-Bleue,  et Agostino Tassi, l'agresseur d'Artémisia Gentileschi - et bien sur,  Matzneff et Polanski.


J.M.G. Le Clézio