mercredi 16 août 2017

*Trouver ton éternité...






"Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague,
 trouver ton éternité à chaque instant".

Henry-David Thoreau


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Je souhaite à chacun, chacune d'entre vous,
une très belle journée 
en vous embrassant.


Den


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mardi 8 août 2017

*Tenir.....

Sillon de Talbert dans les Côtes d'Armor
Photo Faby

Tenir

"Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains réunies :

Le caillou, l'herbe sèche,
L'insecte qui vivra,

Pour leur parler un peu,
Pour donner amitié

À soi-même, à cela
Qu'on avait dans les paumes,

Que l'on voulait garder
Pour s'en aller ensemble

Au long de ce moment
Qui n'en finissait pas.

Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains rassemblées

Pour ajouter un poids
De confiance et d'appel,

Pour jurer sous le ciel
Que se perdre est facile.

Tout ce qu'on a tenu :
L'eau fraîche dans les mains,

Le sable, des pétales,

La feuille, une autre main,

Ce qui pesait longtemps,
Qui ne pouvait peser,

Le rayon de lumière,
La puissance du vent,

On aura tout tenu"


Guillevic

Dans les mains rapprochées.
(Sphère, 1963, Poésie/Gallimard)



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dimanche 6 août 2017

*Un heureux dimanche !



Image associée

"Va lentement. Ne te hâte pas. Chaque pas t'amène au meilleur instant de ta vie :
l'instant présent"

Thich Nhat Hanh

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Je vous embrasse.

Den


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samedi 5 août 2017

*Comment traduire le mot exact.....

*De là, d'ici, d'ailleurs, de très loin, comment traduire le mot exact......


-=-=-=-


De là, d'ici, d'ailleurs, de très loin, comment traduire le mot exact, le plus justement possible, là où la vie est dans son plein épanouissement, mais encore en demi-teinte d'aussi loin.

Les mots m'appellent comme par magie, par jeu.

Hésitante, je cherche, patiente, concentrée.

Je poursuis ma quête mystérieuse, infinie, pour comprendre, dans cet univers à recomposer, lettre après lettre, image après image, j'essaye de les transcrire pour ne pas trahir la pensée, et j'évolue dans ses chemins pourtant sinueux. Encore possible.

Je bondis telle une chevrette gambade dans l'enclos, et j'abandonne les mots, libres à eux de demeurer à jamais sur la page, ou pas, souhaitant pourtant qu'ils parlent pour moi, le mieux possible, d'un temps achevé, mais conservent encore le goût de la vie à transmettre.

Je lis la vie ordonnée dans ces cartes postales presque centenaires, dans ces documents retrouvés, vestiges infinis qui racontent l'histoire de notre famille.

Leur vie est colorée comme un fruit mûr, et je tourne les pages de la mémoire bouleversée par ce temps...

Je n'écorne pas la pensée.
Je dis ce que je lis. Je dis ce que je sens.
Je dis ce que je croie.

Den





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vendredi 4 août 2017

*Entre les fûts serrés....

Entre les fûts serrés d'arbres presque centenaires....



Entre les fûts serrés d'arbres presque centenaires, une singulière végétation s'accroche.
Une touffeur stagnante et moite flotte à travers le sous-bois se mêlant à des parfums insoupçonnés.
L'envol d'un oiseau, la fuite d'un animal apeuré froissent seuls le silence parmi quoi, s'aventure l'étranger, prudent et plein de défiance.
Ainsi va celui qui ne connaît pas la région !
Lieux difficilement accessibles. Ici c'est l'envers de la montagne où se déploie la forêt sous une ombre persistante.
De l'autre côté, l'endroit portait champs et villages, jadis.

Ce sont Dardet. Patane. L'Alibert.

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Un autre jour s'est levé pour Albin Delpech, un jour de plus, mais un jour de moins à vivre, lance-t-il 
plein d'humour, et oui.. ça compte, quand on additionne quatre-vingt-quatre printemps !
Le soleil s'est faufilé entre les montagnes généreuses, et est entré dans le vieux village ensommeillé de
l'Espine, niché au creux de sa verte vallée.
De Lavelanet en passant par Montségur, site moult fois visité, et apprécié, mémoire vivante du catharisme,
et en longeant les Gorges de la Frau, voici l'Espine avec ses maisons, en rue, côté ville et côté campagne, qui s'est frayé un passage le long de la rivière poissonneuse, quelque peu. Un temps.
C'est de là que partent tous les chemins, et Albin n'a pas oublié qu'au bout de celui-ci, rupestre, vivait toute une population, jadis.
En forçant son imagination, il aperçoit les bois de Dardet, où il a vécu de nombreuses années, avec ses parents, puis avec une fille de l'Alibert. Terres devenues stériles sur l'ancienne ferme d'en haut, comme il dit.
Debout, il scrute les alentours de son oeil de lynx. 
Différent des autres, sûrement, on retrouve dans sa silhouette trapue, dans son visage aux traits burinés par le soleil et la vie au grand air, accentués par les années, on retrouve une curieuse ressemblance avec les vieux du village, par quoi se révèle l'âme, également violente et dure. Comme leur vie.
Derrière lui, si loin que le regard porte, l'ensemble obscur de la sylve ondule. Si on veut bien voir, évidemment, si on prend le temps..

Au-dessus de la petite rivière à tétards et à truites, les frondaisons s'étendent, naturellement, se rejoignent, s'enlacent, et l'eau claire descendue des montagnes glisse lentement sous leur  voûte.
Immobile et muet, Albin regarde devant lui, obstinément avec l'espoir de voir soudain crever le voile qui gène les yeux.
Voir Patane d'en bas. Surveiller Patane, Dardet.
Parfois, pourtant, il tourne la tête vers sa montagne dépeuplée, gravement, à l'abri des regards indiscrets, là où il a vécu.
Une rafale souffle dans sa mémoire peu fidèle charriant des nuées qui submergent le souvenir.
Le temps précipite l'oubli, puis entre deux amnésies couleur de montagne, un fuseau oblique filtre encore, badigeonnant le village d'une large tache lumineuse. Patane, Dardet..


Albin n'a rien oublié, ou alors par inadvertance, et si, parvenu au bout de son nouveau domaine, appuyé sur sa frêle canne, il le parcourt de long en large, matin et soir, c'est pour ne pas rendre compte de son inactivité.
L'Espine n'a pas changé, ou si peu.
Des habitations s'échappent toujours les mêmes odeurs entremêlées, familières, qui lui rappellent Dardet.
Les façades, sans fierté, ont conservé leur apparence d'autrefois. Simplement.
Lui, arpente l'unique rue du village, légèrement voûté.
Il aperçoit de loin deux silhouettes floues à ses yeux qu'il ne détermine pas. Est-ce Georges ou Charles ?
Il ne peut le dire, et soudain cette vision distendue lui rappelle une certaine journée des années 1913 ou 1914.
Il doit avoir 7 ou 8 ans.


Den

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jeudi 3 août 2017

*Chez les Delpech

*Ainsi va la vie là-haut...



Ainsi va la vie là-haut chez les Delpech, à mi-chemin entre l'Espine et l'Alibert.
Albin et ses quatre soeurs, Lucie, Marie, Philippine, Marcelline, et les parents, se partagent les travaux quotidiens à la ferme, les allées et venues à l'école, et les courses au village.
Jusqu'à une quinzaine de kilomètres, parfois.
C'est dur en hiver.
La route abandonne les bois et grimpe jusqu'à des mamelons plus fournis, arides aussi, parfois, et s'arrête pour reprendre son souffle.
De là, on admire de magnifiques sites auxquels on n'est pas habitué.
D'une saison à l'autre, les saisons changent invariablement, du vert  clair au vert sombre, aux mordorés, en passant par un blanc laiteux, sous la neige.
L'étranger mal acclimaté à l'effort, comme la route, halète vers les hameaux quasiment inhabités, qui furent communes jadis, est surpris par tant de beautés sauvages.
Les deux fermes isolées de Patane et d'Ardet s'enroulent à l'intérieur de la forêt non  loin de Malard et de Malèze, elles-mêmes enserrées dans la forêt de Bélesta.
Albin, le benjamin de la famille a continué son chemin avec ses soeurs, seulement distrait par une courte rêverie, mais au bout de la courbe la vue d'un magnifique arbuste en fleur n'a pas vraiment détourné son attention.
La route est encore longue jusqu'à l'école.


Den


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mercredi 2 août 2017

*Dans la vallée...



*Plus bas dans la vallée...



De l'autre côté de la montagne, plus bas dans la vallée, les Caux ont stoppé leur tâche, quelques instants.
Peut-être, pour continuer une discussion entamée ce matin. On ne parle pas en travaillant.
Albin à quelques lieux de là s'habitue à une lumière plus vive.
Pourquoi cette différence de couleur ici ?
Pourquoi toujours se presser, ne pas prendre le temps de flâner ?
Un vif désir s'empare de lui d'effectuer une escapade, une tentation qui s'accroît avec la végétation plus dense, plus fleurie qu'à Dardet, avec un soleil franc et haut.
Seul un écho  le perturbe, peut-être bien celui de ses parents.. l'école..faut aller à l'école.. on ne les voit pas.. On entend seulement la voix dans la montagne.
Des cris particuliers, connus des montagnards, dont usent et abusent les gens du coin, ne permettent pas à Albin de reconnaître ces voix. Mais qui d'autres que papa et maman Delpech pourraient rappeler à leur petits le chemin de l'école !
Planqué derrière un arbre moyennement grand, et parce que l'écho s'est perdu dans l'immensité de la forêt, Albin quitte le lacet sinueux pour rejoindre un chemin plus droit et plus large qui monte jusqu'au sommet d'un col cerné par une forêt de châtaigniers immenses.
Un écureuil, un oiseau coloré troublent le silence de leurs pas. Tout de même...
Au bout, dans le lointain, on aperçoit un promontoire. Leur école, espace clos.
Va falloir travailler et ramener les plus petits ce soir à la maison a pensé Lucie, l'aînée de la famille.
C'est bien. Il faut.


Den

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mardi 1 août 2017

*La route sinue et grimpe....

*Un vent au parfum de printemps..


La route d'Albin sinue encore et grimpe.
A travers la vaste forêt elle l'a conduit jusqu'à l'ancien moulin à aube... Là, on enjambe les eaux de la rivière glacée aux rives boisées.
Plus haut encore, elle grimpe entre les parois abruptes et rocheuses d'une autre forêt taillée pour lui livrer passage. Une autre.
Par cette ouverture un vent au parfum de printemps vient à la rencontre de l'étranger qui ose jusque là porter ses pas.
De l'autre côté, c'est l'adret, et il se trouvera subitement plongé dans une lumière nacrée, étonnamment distillée par la voûte que forment les fleurs de milliers d'arbustes différents, ceux-là même qu'Albin découvre depuis les hauteurs de sa forêt natale, à ciel ouvert ;
ébloui par tant de beautés, bercé par une nuée d'insectes qu'attire cette floraison précoce, Albin s'assoupit avant d'arriver à l'école... 

Den






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lundi 31 juillet 2017

*Quand la mémoire.....

*Sur le chemin forestier....


Il se souvient Albin de ces années tièdes.. ou chaudes ;
tièdes et chaudes..

Sa mémoire fugitivement roule à nouveau sur le chemin forestier près des fougères.

Il longe, précédé par ses soeurs, deux bancs de pierre, et débouche sur l'esplanade de l'Alibert
qu'il contemple à nouveau comme si c'était la première fois, comme l'étranger découvrant ces sites fabuleux !

Face à eux, l'école, l'église, l'épicerie faisant fonction de bar, surgissent de façon abrupte du fond des souvenirs..

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Des jours à se remémorer sa vie, là-haut. Des heures.
...Les vaches à rentrer quotidiennement à l'étable dont les clarines tintent encore du côté des cimes.
...L'élevage permettant d'avoir un peu d'argent par la  vente, au printemps, dans les foires de la région,
le bois à couper, à entreposer sous le vaste hangar... 
les allées et venues entre la forêt et la ferme, l'école quand on peut, la classe... la pêche.

Comme jadis, la cheminée fume du côté de Patane, et son propriétaire âgé aujourd'hui de plus de 84 printemps, relie l'autrefois au maintenant.

Albin s'est dirigé vers la forêt de Malèze, elle-même identique au bois de Montaud et de Malard.

Au fur et à mesure qu'il s'achemine dans son ventre, les troncs géants aux reflets irisés l'impressionnent davantage. Quelle grandeur  du haut de ses sept ans.

Petit homme, il a hésité un instant avant d'abandonner la lumière si particulière d'Ardet, pour pénétrer une autre obscurité silencieuse, presque froide. Frissons.

Tandis qu'il avance lentement sous des grands troncs de mélèzes, et de sapins, il escalade un monticule de roches recouvertes de mousse. 

Immobile, il écoute, aux aguets, laissant couler sur son front de minuscules gouttelettes de transpiration.
Battement de son sang sur sa tempe.

Il écoute le coeur de la forêt, bois à mature jadis.

Plus bas une cascade forestière laisse échapper des eaux trop longtemps retenues en elle.

Puis  s'échappant subitement de ces géants à l'aspect trop sombre, il se précipite vers une des sorties qu'il connaît le mieux, qui libérera son angoisse sous-jacente, emportant dans ses bras le bois pour cuire le repas du soir.

On ne sait jamais qui va se cacher là...

Puis pour avertir le clan des Delpech de sa redescente vers le logis, en arrondissant ses lèvres, Albin imite le cri d'un animal blessé, espérant quelque réponse.
L'écho de son essai renvoie par les rochers et se perd dans l'immense voûte verte qui se referme sur ses secrets, sur elle-même conservant en son sein son mystère et le cri étouffé.

Pressant le pas, il se laisse glisser entre des roches fendillées.

Tapi, tel un animal, une fois encore il réitère son essai. Nulle réponse.

C'est l'heure de la sieste et les parents ne l'entendent pas.

Solitude d'une enfance enfermée dans un sous-bois ombragé à rêver d'autres jeux interdits.

Den

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dimanche 30 juillet 2017

*A Dardet..

*Les bâtisses annexes ont disparu....


A Dardet, de l'habitation principale elle-même, il ne reste que l'essentiel.

Les bâtisses annexes ont disparu.

Les rues vides de toute humanité paraissent plus longues, quoi qu'envahies par de hautes herbes.


Elles conservent encore leur alignement que marquent les traces de murs, de vie.

Cette destruction partielle et ces vides donnent au hameau un aspect pitoyablement triste, comme la mort.

Une allure de chose abandonnée, et c'est bien là le visage morne et mutilé des villages laissés pour compte.
Auxquels on a renoncé.

A Dardet ou à l'Alibert, ou à Patane, la vie s'est arrêtée un jour..

Le 13 mai 1986.
C'est indiqué d'une croix sur l'Almanach des Postes, accroché au mur par une punaise.
A Dardet. Albin l'a dit.

Ceux qui sont partis n'ont guère songé au désastre qu'ils occasionneraient.
Ils se sont mis en marche vers des sites ignorés ou attractifs, vers des villes prometteuses, vers les basses terres, plus riches, ou vers l'inconnu et ce qu'il contient en lui d'espoirs et de désirs renouvelés.
Mirages.
Les terres arables glissent le long des pentes sans cesse poussées par le soc creusant les sillons.


Il faut la remonter cette terre grasse à la bonne saison de bas en haut. Elle est rare et elle est mince, et nul ne doit en laisser perdre la plus petite parcelle. Miroirs.
Mais les autres, à l'esprit d'indépendance, ceux qui ne renoncent jamais, ceux qui poursuivent leur vie si difficile soit-elle, dans ce cadre amoindri, dévasté par la solitude, pensent malgré eux au passé, aux traditions plus vieilles que leurs souvenirs à l'histoire, comme Albin, en bas dans la ville de l'Espine.
L'histoire...



Den


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samedi 29 juillet 2017

*Albin.

*Au coeur du pays cathare..

Des mots mystérieux tournent autour de la tête d'Albin...
Cathares. Catharisme. Le Graal. Hérésie.

Autant de mots impénétrables survolent l'éperon rocheux qui émerge fièrement des contreforts des Pyrénées..
Montségur...



Des mots vides de sens, indéchiffrables pour Albin, dont il voudrait connaître la signification, l'origine.

Des gens au village, ou dans les villes environnantes en parlent parfois, à demi-mots, à Montségur souvent,
à ce qu'il paraît. Des initiés, on dit.


Il n'a pas beaucoup lu Albin. 
Alors comment savoir ?
A qui poser des questions ?

Le silence paraît aussi récalcitrant que celui qui pèse aujourd'hui, sur l'Espine, plus d'un demi-siècle après,
et traverse  là-haut  le ciel de Montségur et sa forteresse légendaire devenue sanctuaire..
le château du Graal et son secret devenu mythique ..
au sommet du "Pog"..

Aussi étonné que l'étranger qui arpente les chemins initiatiques au coeur du pays ariégeois..en quête de... d'eux-mêmes ?
Albin a repris la route.

Il se retourne brusquement, et observe la forêt;
En bas, il s'arrête. 
Son regard d'avant en arrière revient de là-bas, jusqu'à maintenant, sur son ancien domaine.

Une immense tristesse, une lassitude inexpliquée,   gonflent  son coeur et remontent jusqu'à ses  lèvres.

Il murmure intérieurement.. Dardet..



Le soleil émerge tout à coup de l'horizon, illuminant son banc de pierre, aujourd'hui, comme jadis ;
sur la cime de la montagne le bâtiment et la palissade se découpent avec netteté.
Sa montagne barbouillée d'immensité, par l'invisible pinceau du peintre apparaît soudainement, 
tel un grand oiseau lumineux volant au-dessus de son pays.


Puis, sans s'énorgueillir, ou très peu, dans sa force tout à coup retrouvée, Albin songe tout haut :
"c'est vrai, elle demeure ma montagne..mon Dardet... mon refuge...".

Après un court silence, il continue son monologue plein d'espoir ;
et d'un pas rude de montagnard, il reprend sa canne, symbole de vie...
de mémoire..


Den



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mardi 25 juillet 2017

*Sur l'aile pulpeuse.....







Cézanne et son art de la touche  à petits points tissés,    petites couleurs serrées les unes contre les autres m'a permis de me souvenir d'un article que j'ai écrit  l'an dernier, pendant l'été, et que je vous propose de lire à nouveau, en cliquant sur le lien ci-dessous : "sur l'aile pulpeuse".

Sur l aile pulpeuse

 Goûtez à cette gourmandise....  autant que  mon plaisir a été de l'écrire en mots colorés, en notes en-chantées,  comme le Maître aurait pu la peindre cette aile, tout d'abord gourmande,  peut-être brutale puis de plus en plus frugale"....


Je vous souhaite une  lecture dans le calme d'au jour d'hui, retrouvé, comme vous l'aimerez, qui découvrira, je le sais,  d'autres beautés.




Den



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dimanche 23 juillet 2017

*Le Petit Prince - Pilote de guerre................




"Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, 
mais peu d'entre elles  s'en souviennent" 

Antoine de Saint-Exupéry
Le Petit Prince

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"L'enfance ce grand territoire d'où chacun est sorti !
D'où suis-je ?
Je suis de mon enfance.
Je suis de mon enfance comme d'un pays".

Antoine de Saint-Exupéry
Pilote de guerre


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Une bonne semaine à chacune, chacun d'entre vous.

Je vous embrasse.

Den


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samedi 22 juillet 2017

Guy Boley - Fils du feu

*Fils du feu"





Forgeron, Enclume, Marteau


1

Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre. Et assis sur un banc ou sur un tas de ferraille, un enfant de cinq ans regarde leurs poitrails, écoute leurs silences dans cet orage d’acier et ne croit plus à rien, ni à Dieu, ni à Diable, ni à tous ces héros que déjà il pressent puisqu’il sent bien, ce gosse, qu’il arrive à la vie de parfois défaillir, ou simplement faillir, et qu’il faut certains soirs, pour supporter son poids, accepter les légendes et les mythes qu’ont inventés les hommes afin de s’endormir un petit peu plus grand et à peine moins mortel. Heureusement pour lui, foin d’Ulysse, de Titans, de dragons flamboyants et de dieux en jupette plus ou moins ridicules, il les a sous les yeux ces lares de pleine chair qui dressent des éclairs et créent des épopées avec chaque barre de fer.
  



L’odeur de la limaille, du fer chauffé à rouge, du fer chauffé à blanc, l’odeur des corps en sueur qui parfois s’effaçaient derrière la fumée blanche, l’odeur des grains d’acier en gerbes braisillantes, l’odeur même des marteaux, masses, pinces, massettes, et l’odeur de l’enclume qui les recueillait tous.
  
Papa et Jacky, ferronniers d’art ; ils maîtrisaient le feu mais ignoraient Vulcain, Prométhée et Wotan, Zeus ou Héphaïstos. Les dieux du Walhalla, d’Olympe ou de l’Iliade leur étaient inconnus. Même saint Éloi, patron des forgerons, ne les concernait pas. Ils étaient incultes, c’est-à-dire intelligents mais sans les livres capables de leur nommer, soit cette intelligence, soit cette inculture. Ils s’en moquaient, de tout cela, des trois divinités, des quatre horizons, des douze travaux d’Hercule ou des Mille et Une Nuits.

À quoi bon s’inventer des dieux de pacotille quand on en a sous la main et que l’on parvient, à coups brefs et précis, à leur donner la forme que l’on veut. Pas besoin de légende, ils se créaient la leur, façonnant dans l’acier les mots pour la chanter.


Et l’enfant de cinq ans lorsqu’il lui adviendra, plus tard, beaucoup plus tard, d’apercevoir Tarzan sautant de liane en liane en se frappant le torse à grands coups de battoir pour ne rien forger d’autre qu’un long cri ridicule, rira comme un beau diable s’il est vrai qu’il s’avère
dans l’Hadès ou ailleurs, qu’un diable puisse être beau.



2

Jacky était arrivé un jour, à la forge, sur une drôle de moto dont personne jamais n’en avait vu de semblable et dont certains prétendaient qu’il l’avait lui-même entièrement fabriquée, pièce par pièce, hormis les pneus et les deux chambres à air. Peut-être était-ce vrai, il en était capable ; peut-être n’était-ce pas vrai ; peu importe dans quelle urne repose la vérité, les dieux ont leurs mystères, les hommes ont leurs légendes, ce qui est d’importance est l’étincelle en nous qu’ils ont su allumer, cette parcelle d’irréel à laquelle on a cru ; le reste n’est que poussière qui s’en va vers la mort et que nous balayons d’un revers de la main.

Jacky était un mystère. Un mystère de chair, de sang, de muscles et de silence. Pas un de ces mystères évangéliques façon Résurrection, Annonciation ou sainte Trinité, que l’on crée pour asservir les masses et qu’élucident en quelques phrases dogmatiques pour une foule un peu rustre de quelconques hiérophantes aussi rusés que fourbes. Non, Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour.
  



Il était donc arrivé à moto par un matin d’hiver, il y avait trois années de cela. Tête et mains nues, vêtu d’un pantalon de coutil et d’un épais blouson de vieux cuir hongroyé ; il avait arrêté sa drôle de pétrolette à hauteur du petit atelier où rougeoyait la forge, s’était saisi du carton pendu après la porte sur lequel il était grossièrement écrit que l’on cherchait à embaucher un forgeron de métier, était entré dans l’atelier en grommelant un vague bonjour, avait lancé le carton dans le feu de la forge, avait rapidement jeté un œil sur le gabarit que papa, le matin même, avait dessiné au sol à l’aide d’une craie blanche, était allé dans la sacoche de sa motocyclette extraire une massette, s’était mis torse nu, avait juste noué le tablier de cuir, s’était saisi des pinces qui maintenaient l’acier dans le coke flamboyant, et sans une seule parole sur l’enclume posément s’était mis à frapper.

Trois ans s’étaient passés sans qu’il ne s’échangeât davantage de phrases, de phonèmes ou de cris, de rires ou de murmures entre papa et lui. La forge et son soufflet étaient leur seul langage. Jacky venait au matin sur sa moto sans nom, ni casqué ni botté, souvent dépoitraillé, sa gorge ne semblant craindre ni les insectes d’été, ni les morsures du froid, ni la grêle d’avril, ni les frimas d’automne. Dans une gamelle en fer qu’il extrayait toujours de son unique sacoche, il apportait son repas qu’il mangeait en hiver assis près de la forge, ou bien, l’été, dehors, près de ces barrières, balustres ou balustrades que l’on venait de forger et qui attendaient, couchées sur des tréteaux, qu’on les recouvre d’une peinture orangée les protégeant de la rouille et que l’on nomme minium.

Maman, au tout début, venait assez souvent en lui disant, bien sûr, les mots que disent les braves gens en de telles circonstances : Ne mangez pas tout seul, venez vous joindre à nous. Mais Jacky rougissait, gêné sans doute de soudain trop exister, de prendre tant d’importance. Il disait non merci, plongeait dans sa gamelle en baissant les paupières. Elle le laissa en paix.

Jacky était un solitaire. On ne savait rien, sur sa vie, sinon qu’il vivait seul avec sa mère, là-bas, dans un quartier aux frontières de la ville où l’on allait rarement. On ignorait aussi d’où il tenait ce savoir-faire qui avait fait de lui un forgeron bien meilleur que papa et bien meilleur que le maître qui enseigna papa. Car Jacky savait tout et ne se trompait jamais lorsqu’il fallait mater un fer récalcitrant, ou bien apprivoiser un matériau trop fougueux lors de ces corroyages où un acier liquide se marie à un autre en fusion.

Jacky, semblable à ma grand-mère étêtant des grenouilles, aurait pu travailler les yeux fermés ; il possédait en lui, tout comme elle, quelque chose d’inné, de bestial ; comme un cri des cavernes lorsqu’un premier orage illumina la grotte ; un cri qui se serait transmis de silex en silex, de tison en tison, de feu en feu, de foyer en foyer, de forge en forge, et qui aurait fini par échouer, ici, entre ses mains de forgeron, comme il l’était sans doute écrit de toute éternité tant il semblait évident que Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans projetaient dans les nues quelques myriades d’enclumes phosphorescentes.

Fils du Feu
Guy Boley
Bernard Grasset
(Lauréat 2017 du Prix Françoise Sagan)

***



Quatrième de couverture > Nés sous les feux de la forge où s’attelle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaieté renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.

Guy Boley est né en 1952, il a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps, et cascadeur avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis. Fils du feu est son premier roman.


Fils du Feu
Guy Boley
Bernard Grasset



Forgeron, Musée, Forge, Incendie, Chaud



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*Je veux, moi, me perdre en la nature......




"Je veux, moi, me perdre en la nature, 
repousser avec elle, comme elle, 
avoir des tons têtus des rocs,  l'obstination rationnelle du mont,
la fluidité de l'air, la chaleur du soleil.
Dans un vert, mon cerveau tout entier coulera avec le flot séveux de l'arbre.



Il y a devant nous un grand être de lumière et d'amour, l'univers vacillant, l'hésitation des choses.


Je serai leur olympe, je serai leur dieu.
L'idéal au ciel s'épousera en moi.
Les couleurs, écoutez un peu, sont la chair éclatante des idées de Dieu.
La transparence du mystère, l'irisation des lois".


Paul Cézanne
Propos rapportés par Joachim Gasquet 
dans Cézanne, Paris, Bernheim jeune, 1921.

Repris dans les créateurs et le  sacré,
par Camille Bourniquel et 
Jean-Guichard Meili,
Cerf, 1956.














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