mardi 18 avril 2017

*Dans la forêt............




Route, Sun, Rayons, Chemin D'Accès


"C'est étrange, d'écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d'un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l'eau - tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu'il s'agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d'encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m'apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau - car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ?
Tu pourrais écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l'époque actuelle. J'étais tellement persuadée ce matin que le cahier me servirait à étudier que j'ai dû faire l'effort pour ne pas me moquer de sa suggestion.
Mais je me rends compte à présent qu'elle a peut-être raison. 
Tous les sujets auxquels je pense - de l'économie à la météorologie, de l'anatomie à la géographie et à l'histoire - semblent tourner en rond et me ramener inévitablement   à maintenant, à ici et aujourd'hui.
Aujourd'hui, c'est Noël. Je ne peux pas l'éviter. Nous avons barré les jours sur le calendrier bien trop consciencieusement pour confondre les dates, même si nous aurions aimé nous tromper.
Aujourd'hui, c'est le jour de Noël, et le jour de Noël est une nouvelle année à passer, une nouvelle journée à endurer afin qu'un jour, bientôt, cette époque soit derrière nous.
A Noël prochain, tout ceci sera terminé, et ma soeur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L'électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l'essence dans les stations-service. Bien avant Noël prochain, nous nous serons permis tout ce qui nous manque maintenant et dont nous avons terriblement envie - du savon et du shampoing, du papier toilette et du lait, des fruits et de la viande.
Mon ordinateur marchera, le lecteur CD d'Eva tournera. Nous écouterons la radio, lirons le journal, consulterons Internet. Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. Ma soeur dansera avec le corps de ballet de San Francisco, j'aurai fini mon 1er semestre à Harvard, et ce jour humide et sombre que le calendrier persiste à appeler Noël sera passé depuis très, très longtemps"...(...)

Dans la forêt
Titre original "Into the forest"

Jean Hegland

Editions Gallemeister, 2017
pour la traduction française


*****


C'est un livre que j'ai découvert chez "Bonheur du Jour"
et à mon tour j'avais envie de vous faire  découvrir la lecture de ses quelques premières pages....
et pourquoi pas,  aller plus loin encor'....

Merci  Marie.

Den

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samedi 15 avril 2017

*Demain et l' arbre aux oeufs.....


Le printemps est bien là

Crocus, Pourpre, Printemps

Vêtu de sa robe de soie
 Légèrement soulevée par le vent
 Remuée par l'Eole
Ce jourd'hui tissé pour demain.

 Demain habillé de beauté lumineuse
Rajoutera un jour de plus
Plus long que la nuit étoilée
Au coeur du ciel.

Le ciel de Pâques,
S'ample-lie  de joies et d'étincelles,
Enlace les en-faons sans bagages.


Pour eux, 
J'accrocherai les oeufs 
 Aux fleurs peintes d'or  d'horizons 
Aux arbres de chênes-houx
Pour un nouveau nid tressé
Quand la plume s'envole.




Les cloches  les lapins déposeront leurs chocolats
Les oeufs pour eux
Cachés,

Résultat de recherche d'images pour "photo gratuite cloche en chocolat de Pâques"


Pâques, Lapin, Oeuf, Festival, Chocolat

Dans les jardins de mes tous-petits...
Dans les collines enchantées
Sur l'écorce des chemins
Et peut-être, s'ils sont sages,
Des plus grands....
Du tout épris ...

Lièvre, Pâques, Chocolat, Printemps Pré

Quelques friandises posées,
Ici,  là....


Chocolats, Confiserie, Chocolat


Et Pâques une fois de plus
Aura la saveur sucrée
 Enluminera mes yeux parés
De renouveau prolongé
Regardant  le coeur' nourri
 Vers le plus-Haut
Inspiré..

Den

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De joyeuses fêtes de Pâques....
A toutes et tous.

Que ces jours prochains palpitent
De Paix,
 D'Amour
 De Sérénité.

Je vous embrasse.


*****




mercredi 12 avril 2017

*Chemin......





"Voyageur, le chemin,
C'est les traces de tes pas, c'est tout ;
Voyageur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant.
En marchant se fait le chemin.

(...)

Voyageur, il n'y a pas de chemin,
Rien que des sillages sur la mer"

Antonio Machado.
¨Proverbes et Chansons.

Le Sillage Du Navire

(réf. France Inter - émission de Jean-Claude Ameisen
du samedi 18 mars 2017)

"Arpenter le monde" (2)

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lundi 10 avril 2017

*Je me souviens.............



"La mémoire est un temps incorporé" écrivait Marcel Proust.


Piano, Musique, Classique, Vintage, Son


"A travers les notes la main de ma mère apparaît 
du-dessus de la mienne et plane sur les touches
attendant pour tourner les pages de Czerny,
dont la composition s'est complètement dissoute
de sa main une senteur d'amande s'élève
elle survit avec le son dans une autre vie.

(...)

Ses doigts se souviennent des notes justes et continuent de
les écouter,
les veines au dos de ses mains sont de la couleur
du ciel clair du matin que la brume commence à couvrir"

William Merwin. Le piano - L'ombre de Sirius

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Matriochka, Russe, Russie, Souvenir

"Une fois de plus le jour du souvenir approche.
Je vous vois, je vous entends, je vous ressens :
Je voudrais les nommer tous par leur nom,
Mais la liste a été confisquée et ne peut plus être trouvée nulle part.
J'ai tissé un grand manteau pour eux
A partir des pauvres mots que j'ai pu entendre.
Je vais me souvenir d'eux toujours et partout.
Je ne vais jamais les oublier, quoi qu'il arrive"


Saint - Pétersbourg, Coucher De Soleil

Anna Akhmatova - Epilogue II - Roseau

(Réf. :  France Inter - Sur les épaules de Darwin
Jean-Claude Ameisen)

émission du samedi 25 mars 2017 -

"Je me souviens"

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samedi 8 avril 2017

Vermeer......




"Une jeune fille rêve près de la fenêtre. Le jour entre à flots, caresse les surfaces, épouse les reliefs et dore son visage. Dans cette intimité ouverte et recluse à la fois, les murs et les êtres reçoivent, comme une grâce l'ondoiement de la lumière, et tout évoque un ailleurs dont le chemin s'est perdu.
 En un mot, le monde est beau.
C'est l'unique leçon de Vermeer.
Encore faut-il ouvrir les yeux....
Mais comment faire ?
Comment regarder ce qu'en général nous voyons sans y prêter attention ?
Ou comment voir ce qu'ordinairement nous regardons sans y penser ?
En donnant la parole à ces éducateurs du regard qui empruntent le chemin de la connaissance pour en venir à la simplicité même.
Au bout du savoir, c'est l'évidence qui nous attend.
Et la saveur inaltérée d'un monde stupéfiant, lumineux et serein".

Vermeer. Le jour et l'heure.
De Jacques Darriulat
et Raphaël Enthoven

4e de couverture
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L'Art de la peinture.
L'Art de se peindre sans se peindre.

Sur un fil pour cheminons avec Jacques Darriulat, le fil commun qui relie les oeuvres de Vermeer, cette infime tension de la précaution qui fait la jouissance du présent, et par laquelle nous sentons le regard du peintre se poser sur le tableau en train de se faire, à la façon du peintre de l'art de la peinture qui  dépose minutieusement la couleur du laurier sur la toile.

L'art de la peinture

L'Art de la peinture ou aussi nommé  l'allégorie de la peinture

de Johannes Wermeer (1666)
exposé au Musée d'histoire de l'art de Vienne
120 x 100 cm

Cette toile est la plus grande des oeuvres du peintre.
L'une des plus personnelles aussi qu'il a toujours refusé de vendre.

Une oeuvre frappante de beauté aussi mystérieuse que lumineusement limpide.

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La Dentellière, Johannes Vermeer (vers 1669-1670)

La Dentellière de Johannes Wermeer 1669-1670)
exposée au Louvre
24 x 21 cm
peinture à l'huile

Le sujet de la Dentellière, tout comme de l'Art de la peinture, c'est l'attention de la dentellière et du peintre, leur regard sur la méticulosité et la finesse de leur travail.

Nous regardons le fil.
Mais comme notre regard est plus bas que le sien, nous ne voyons pas ce qu'elle fait, ça nous échappe complètement.

Quand on peint une dentellière en Hollande au XVIIIème siècle, c'est pour montrer la dentelle.
Et chez Wermeer on ne la verra jamais.
Près de son regard, de son intimité de ce qu'elle fait, pourtant elle nous échappe.
Le mystère Wermeer est construit comme un secret.

France Culture
Les Chemins de la Philosophie

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mercredi 5 avril 2017

*La Tristesse des Eléphants


Éléphant D'Asie, Jeune Animal, Veau

Alice.

A neuf ans, avant de grandir et de devenir chercheuse, je croyais tout savoir, du moins je voulais tout savoir, et je pensais que c'était la même chose. J'étais alors obsédée par les animaux. Je savais qu'un groupe de tigres formait une horde.

Tigre De Bengale Blanc, Tigre, S'Asseoir

 Je savais que les dauphins étaient carnivores.

Dauphin, Des Animaux, Mer, L'Eau, Océan

Je savais que les girafes avaient quatre estomacs


Girafe, Afrique, Des Animaux, Sauvage

et que les muscles d'une sauterelle étaient mille fois plus puissants, à poids égal, que ceux d'un humain.

Sauterelle, Nature, Macro, Détail


 Je savais que les ours blancs du cercle polaire avaient la peau noire sous leur fourrure,

Polar Bear, Jeune Ours Polaire, Blanc


et que les méduses n'avaient pas de cerveau.

Méduse, Eau, Bleu


Tous ces faits m'étaient connus grâce aux cartes documentaires sur les animaux du supplément mensuel de Time-Life auquel m'avait abonnée, pour mon anniversaire mon pseudo beau-père qui était parti depuis un an pour San-Francisco où il vivait désormais avec Frank, son meilleur ami, que ma mère appelait "l'autre femme" quand elle pensait que je n'écoutais pas.
Je recevais chaque mois un nouvelle carte par la poste, et un jour d'octobre 1977, la plus belle de toutes arriva : celle sur les éléphants.

Éléphant, Savane, Arrangement

 Je ne saurais vous dire pourquoi c'étaient mes animaux préférés.. Peut-être à cause de ma chambre, de la brousse de son tapis vert de haute laine et de la frise du papier peint sur laquelle dansaient des éléphants de bande dessinée.

Rêve, Surréaliste, La Composition

 Peut-être parce que le premier lm que j'ai lu, dans ma petite enfance, était Dumbo. Peut-être parce que la doublure en soie du manteau de fourrure de ma mère, celui qu'elle avait  hérité de sa propre mère, était faite d'un sari indien avec des motifs d'éléphants.
J'ai donc appris, grâce à cette carte Time-Life, l'essentiel de ce qu'il fallait savoir sur les éléphants....(...)
avec le recul, je suis certaine que ma mère était lasse de m'entendre parler d'éléphants.
C'est peut-être pour cela qu'un samedi matin, elle m'a réveillée avant l'aube en me disant que nous partions pour une aventure. Il n'y avait pas de zoo près de chez nous dans le Connecticut, mais celui de Forest Park à Springfield  dans le Massachussetts, possédait une éléphante vivante, une vraie, et nous allions la voir....

(...)

D'abord, elle était enchaînée au centre de son enclos à un énorme bloc de béton, si bien qu'elle ne pouvait s'en éloigner. Puis elle avait des plaies sur les pattes arrières à cause de ces entraves. Il lui manquait un oeil, elle ne m'a pas regardée avec l'autre. Je n'étais qu'une personne parmi d'autres, venue là pour la voir dans sa prison.

Ma mère était choquée, elle aussi, de la trouver dans un tel état. Elle interpella un gardien.
J'éclatai en sanglots.

Pleurer, Triste, Enfant, Tristesse

Ma mère me ramena en toute hâte à la voiture. Nous avions quatre heures de route pour rentrer chez nous, après dix minutes passées au zoo.

"On ne peut pas faire quelque chose pour elle" ? demandai-je.

C'est ainsi qu'à l'âge de neuf ans je devins défenseuse des éléphants.

Si j'avais su ce que je sais aujourd'hui, j'aurais dit au maire que le fait de mettre des éléphants ensemble ne signifie pas qu'ils noueront des rapports amicaux. Les éléphants ont leur propre personnalité, tout comme les êtres humains, et de même que rien ne permet de penser que deux humains que je rencontre par hasard deviendront amis, deux éléphants ne vont pas se lier pour la seule raison qu'ils appartiennent à la même espèce.

La morale de cette histoire, c'est qu'on a beau, parfois, tout faire pour changer le cours des choses, c'est comme si l'on voulait arrêter la marée avec une passoire.

La morale de cette histoire, c'est que, quels que soient nos rapports, et aussi violemment qu'on le désire.. 
certaines histoires ne finissent jamais bien.

La Tristesse des Eléphants

Jodi Picoult

Actes Sud 2017 (01/17)

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Jodi Picoult est née en 1966 à Long Island, dans l'Etat de New-York. Après avoir étudié la littérature à Princeton et les sciences de l'éducation à Harvard, elle se consacre à l'écriture dès 1990.
Ses livres aujourd'hui sont traduits en 37 langues et sont vendus à plus de vingt-deux millions d'exemplaires dans le monde.
Ce livre est son premier roman.

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4ème de couverture :

Jenna avait trois ans quand a inexplicablement disparu sa mère Alice, scientifique et grande voyageuse, spécialiste des éléphants et de leurs rituels de deuil. Dix années ont passé, la jeune fille refuse de croire qu'elle ait pu être tout simplement abandonnée. Alors elle rouvre le dossier, déchiffre le journal de bord que tenait sa mère, et recrute deux acolytes pour l'aider dans sa quête : Serenity, voyante extralucide qui se prétend en contact avec l'au-delà,  et Virgil, l'inspecteur passablement alcoolique qui avait suivi et enterré l'affaire à l'époque.
Habilement construit et très documenté, la Tristesse des Eléphants est 1 page-turner subtil sur l'amour filial, l'amitié et la perte.


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mardi 4 avril 2017

*Au-dessus de la pointe debout....

partition musique: Classical music concept: violoncelle, violon, piano et un score






Quand l'ombre se glisse au-dessus de la pointe debout
Et se cache
En donnant sa tiédeur à la plus tendre d'entre elles....
Mes douces heures frémissent fugitives, comme les ailes ondulent
Et se faufilent en battement et vibration
En chant et son de l'accord sensible...
La gracieuse-T en lieds aimables en Dante à l'aigre-gros altéré...
Sème comme on danse à la renaissance de la nouvelle saison
Douce
En sOleil éclairé
Dans le choeur de mes mots.

Den


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lundi 3 avril 2017

*Apprendre à danser sous la pluie.....



Livre, Historiquement, Vieux Livre


"La vie, ce n'est pas attendre 
que l'orage passe, c'est d'apprendre
à danser sous la pluie".

Sénèque

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Prologue :

Marseille 2016 - A côté de chez moi, à Marseille, les cloches de la basilique St Victor viennent de sonner.
Au premier tintement, j'ai été jeté dans le monde d'aujourd'hui, comme si je tombais de la terrasse d'un gratte-ciel, alors que, depuis mon lever, à quatre heures du matin, je vivais en plein XIIIème siècle, au temps de l'amour courtois, dans un royaume envahi par les porcs qui parfois, mangeaient les enfants et que l'on jugeait ensuite en grande pompe avant de les exécuter en place publique.

Même si je suis en train d'écrire un roman, je me considère comme un peintre, je raconte la toile comme elle se compose sous mes yeux. En ce moment Typhaine, mon héroïne, s'exclaffe en interprétrant une chanson de troubadour et je me demande, comment elle peut rire après tout ce qu'elle a vécu, les croisades, le froid, les défaites, la prison. Elle a bien de la chance : les personnes de ce genre meurent toujours vivantes, vieilles et vivantes. 

Château, Ruine, Moyen Âge, Hohentwiel

Belle d'Amour.
Franz-Olivier Giesbert 
Gallimard

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Une bonne semaine
à toutes
et tous.

Je vous embrasse.


Den


*****

dimanche 2 avril 2017

*Tu sais bien....



Roses, Fleurs, Bouquet, Composition

Tu sais bien que je sème au grain du vent comme tu aimes...
et que si je partage l'une hiver, et l'une-été dans l'antre en grotte...,
 au-delà des mots 
je rêve et échote dans le cil-anse qui bat la mesure
D'une attention liante et fertile
Sur la longue cime
Des grands arbres
je m'happe-proche ici de ton âme, 
et comme toi j' me balance d'une branche à l'autre
afin de percer l'essence du temps pour mi-eux me perdre dans le ouatiné par-ciel,
comme l'image l'a peint, si beau, égaré quelque part.. 

Den

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Un heureux dimanche
Je vous souhaite.

Bisous.

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samedi 1 avril 2017

*Le coeur est enfant.....



Crocus, Fleurs, Début Mars, Pourpre

Le coeur est enfant
Il arpente l'arc-en-ciel
Joue l'anse-temps qui claque

Den

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Un doux week-end je vous souhaite,
Et vous embrasse.

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mercredi 29 mars 2017

*Dans l'Art du Temps....




Sheet Music, Manuscrit, Vieux Temps

Dans l'Art du Temps
La mêle-ode-dit 
 vibre et tisse l'air aimant
Les sons
 Le cil-anse pausé sans bruit
Soupire
Le mystère main tenant  apaisé.

Fais confiance au temps quand l'harmonie  est à venir
Notes après notes en son choeur
Mesure après mesure croquera la poésie musicale
Qui donne l'envie qui naît  miraculeus'aimant
Dans l'infinitude soufflée .

Le point compte et fait durer l'instant dans un éclat de sOleil
L'accord ordonne les notes et les silences murmurés
En syncopes ou temps fort
Le contretemps silence-cieux file adossé au bout des mots
Jusqu'au chant des anges quand l'ombre  s'égrène en parfum de musique.

Den       


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Feuille De Musique, Note  

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lundi 27 mars 2017

*L'attrape-rêves................





Capteur De Rêves, Rêves, Rêve, Plume




Une  légende raconte qu'il y a bien longtemps, lorsque le monde était encore jeune, un vieux et sage chef Lakota se rendit au sommet de la plus haute montagne où il eut une vision. Dans cette vision, Iktomi, le Grand Sage, Enseignant de la Sagesse, lui apparut sous la forme d'une araignée. Iktomi s'adressa à lui dans un langage sacré. Et pendant qu'il parlait, Iktomi l'Araignée s'empara de l'anneau de sagesse du vieux Lakota qui était orné de plumes, de crins de cheval, de perles et d'offrandes, et commença à tisser une toile.

Il parla au vieux Lakota des cycles de la vie : comme nous commençons tous notre existence en tant qu'enfants, puis traversons l'enfance et l'âge adulte. Puis, nous atteignons un âge avancé où il faut s'occuper de nous comme on le fait des enfants, complétant ainsi le cycle. Mais, dit Iktomi tout en continuant à tisser sa toile, dans chaque existence il y a de nombreuses forces ; certaines sont bonnes et d'autres moins. Si tu écoutes les bonnes forces, elles te guideront dans la bonne direction. Mais si tu écoutes les mauvaises, elles te mèneront sur le  mauvais chemin, et risqueront de te nuire. Ces forces peuvent donc aider, ou au contraire interférer avec l'harmonie de la Nature." Et pendant que l'araignée parlait, parlait, elle ne cessait de tisser sa toile.

Lorsque Iktomi s'arrêta enfin de parlementer, il donna sa toile au vieux Lakota et dit : cette toile est un cercle parfait avec un trou au centre. Utilise cette toile pour aider ton peuple à atteindre ses objectifs, faire un bon usage de ses idées, de ses rêves et de ses visions. Si vous croyez en  l' Esprit le plus grand, la toile attrapera les bonnes idées tandis que les mauvaises s'en iront par le trou. Le vieux Lakota fit alors part de sa vision à son peuple et depuis, les indiens accrochent des attrape-rêves au-dessus de leur lit pour faire le tri de leurs rêves et de leurs visions. Les bons sont capturés par la toile de la vie et accompagnent les gens, mais le mal présent dans leurs rêves tombe par le trou situé au centre de la toile et disparaît à jamais de leur vie. 

                              Ainsi va la légende......  On dit que l'attrape-rêves renfermerait le destin du futur.


Été Indien, Toile D'Araignée, Automne



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Bonne semaine
A toutes et tous.

Den

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dimanche 19 mars 2017

*La mémoire se souvient !


Et puisqu'on parlait de photos, j'ai retrouvé les miennes mélangées à d'autres documents familiaux, des correspondances très anciennes échangées pendant les deux guerres, et entre... des photos de maman.

Je suis vraiment très heureuse de pouvoir poser mon regard aiguisé sur cet "hier".

J'ai commencé à rassembler ces marques du temps. Je prends mon élan. Je retrouve les photos du début de mon histoire. J'ai moins d'un an, J'ai 3-4 ans (sur le billet de mardi).

On est en 1946. On est en 1949, peut-être 1950.
Mes yeux se souviennent encore. J'entends le vol léger d'un oiseau dans les branchages, je sens le parfum enivrant des roses trémières, et j'effleure la peau si douce du bras  bronzé de maman. Je suis si bien, là au chaud dans cet instant doux et patient. Heureuse.

Et dans ce temple particulier, dans ce sanctuaire de la mémoire figée, ces images constituent une réelle apparition bienveillante comme une oasis surgit dans le désert, une profonde impression, bouleversant ainsi mon âme, avec le sentiment d'être née pour devenir ce que je suis aujourd'hui.
Une représentation tout à fait romantique.
Poétique...

La première photo, je la retrouve.

C'est un petit format rectangulaire de 8 cm x 6 cm ; il me représente. Je dois avoir 8 mois, pas plus. On est en septembre,, octobre 1946.

Une photo à caractère intime, personnel.

Vêtue d'une robe claire, avec des manches courtes ballons, laissent entre apercevoir deux petits pieds nus en liberté, sans chaussettes ni chaussures, pour le bien-être uniquement.

On est à Trets, où je suis née, à trente kilomètres d'Aix, lors d'une mutation de papa. Probablement à l'intérieur de la maison qui irradie d'un rayon de soleil automnal encore haut. Avoir chaud.

Dans mon landau, assise, je souris, soutenue par la main protectrice de maman, puisqu'elle n'est pas visible sur l'image : je n'aperçois que son bras, mais je sais qu'elle est là présente comme toujours.

Je lis dans mes yeux, l'affection qui nous réunit, sereine en cet instant.

Je vois une belle enfant, pleine de vie, radieuse qui semble écouter celle qui la vue naître.
Je suis touchée par ses traits réguliers, les miens, le front est bombé, de belles petites oreilles bien placées, des yeux bridés qui voient loin, un petit nez court occupe peu d'espace dans ce visage harmonieux, juste ce qu'il faut. Le tout agrémenté d'un large sourire.

Légèrement tournée, je n'apparais pas de face, entièrement, mais j'essaye déjà de construire avec toi, maman, ce lien indéfectible qui relie une mère à son enfant. Qui devrait...
Premier plan.

Le second plan ne laisse rien deviner.
C'est une masse sombre.

Sur la deuxième photo (sur le billet de mardi)

Au premier plan, on nous voit toutes les deux. La photo a  du être prise  le même jour, à la maisonnette, là aussi près de la voie ferrée, puisque Justin, mon papa, est employé à la SNCF.

On est toujours en 1946. Je porte la même robe claire, sur les genoux de maman qui sourit à l'objectif de mon père, et je joue, en mouvement sur la photo, ne fixant pas mon géniteur.

Peut-être que le soleil présent ce jour là me gêne. La photo est prise en extérieur, sous la tonnelle ; en arrière-plan, un arbuste est feuillu.

Au premier plan, maman apparaît lumineuse, très heureuse de pouvoir montrer sa progéniture. C'est une femme charmante, -ce qui a toujours été, possédant  un je ne sais quoi qui la faisait remarquer-. Très à la mode, certainement, vêtue d'une robe pieds de poule épaulée comme il faut, laissant découvrir un bras gracile sous une manche légèrement descendante.

Un dessin sur le devant de la robe, au niveau de la poitrine montre en apparence un buste plaisant,  un corsage très féminin.

Des chaussures claires, à talons, prolongent la fine cheville, laissant voir une languette proéminente, qui ressort bombée de la chaussure comme à l'époque.

Les cheveux noirs de maman font découvrir un beau visage régulier. Il sont coiffés crantés sur le dessus de la tête, en hauteur.

A ses pieds, un large bouquet de marguerites habille la photo. C'est jour de fête puisqu'on  présente l'enfant.

Je suis émue par ce passé recomposé.
Ces deux photos vont ensemble.
Deux par deux.

Les deux autres photos aussi (sur le billet de mardi) .
Elles ont été prises à la Foire de Marseille.

Soit j'ai 3 ans et demi.
On est alors en septembre 1949 : ma soeur est née en juin de cette année : mais trop petite elle n'a pas pu effectuer  le déplacement et a été gardée par une personne de confiance, à la maison.

Soit j'ai 4 ans et demi.
On est en septembre 1950.
De toutes les façons, on est en septembre 49 ou  50. Comme toutes les années, la Foire au Parc Chanot se tient à la rentrée scolaire.

Au premier plan, et sur la première photo, mes parents me donnent la main, chacun de part et d'autre, protecteurs. En habits de ville, entourés par deux de mes oncles, les frères de Justin, Aimé et Gustave, eux aussi en habits de ville.

Peu de sourires des uns et des autres. Peut-être des soucis ou la prise inattendue par un objectif qui vole l'intimité qu'on refuse.

Une enfant sérieuse, moi aussi, entourée d'une famille bienveillante, ça se voit.

Ils avancent, nous avançons vers la sortie de la Foire, puisqu'on aperçoit dans le fond de l'image les grilles du Parc, au  second plan.
La deuxième photo est à l'identique, et ne montre que la petite. Moi, Den, plutôt boudeuse ce jour-là.

Elle raconte une partie de mon/notre histoire familiale. 1949-1950.
En marche avec eux, ils guident mes pas, tous attentionnés.
J'apparais volontaire, mais réfléchie. Ce que je suis toujours. Trop peut-être.

N'ai-je pas  joué au  caprice ce jour-là ? Ou bien un désir n'a-t-il pas été assouvi ?
Le regard est plutôt sombre. Aucun sourire marqué à la commissure des lèvres. Pourtant la journée a été bonne, et la promenade devait bien finir par se terminer, assurément.

L'absence de ma soeur a-t-elle pesée dans l'histoire racontée de cette journée ?
Le baiser que je ne lui ai pas donné avant de partir, m'a-t-il manqué ce jour-là, comme il a pu lui manquer de ne pas le recevoir ?

Je retourne dans ma mémoire et revis ces instants bien lointains, mais vivants en moi. Des fantômes chuchotent et racontent les retrouvailles joyeuses des deux soeurs, ici sur la page enroulée dans  le soir, et au retour, après cette expédition à la Foire de Marseille.

*****


Je m'éloigne de la photo puis la retrouve aussitôt, tentant de détecter la moindre ressemblance, le moindre indice entre maman et moi, enfant, celle qu'elle a pu être, au même âge, dans la représentation de sa réalité, sans embellissement pour la rendre plus attrayante.

Un trait reconnaissable parmi d'autres, une similitude visuelle, une ressemblance physique en héritage détectée, criante dans son identité, extrême, profonde.

Une belle  image pour se souvenir.

Ne jamais oublier l'amour des êtres entre eux.

Je t'aime maman.


Den


*****
....Petit livret écrit et offert  à maman, mes deux filles, mes 3 petits-enfants pour les 90 ans de Mamy Camille,
il y a 5 ans.

Le 30 décembre de cette année,  maman a eu 95 ans.

"Du plus profond de ma mémoire"
C'est ce dont j'ai souhaité me souvenir en coeur'.
.
Ce livret raconte  son histoire et celle de mon papa Justin... de mes aïeux  également.

En hommage rendu pour leur amour distribué sans compter, pour le temps qui passe malgré nous,
ce que l'on ne peut oublier.

Den.

*****
                  


mardi 14 mars 2017

*Mon blog est en peine.



...Et je suis triste.
Maman est morte hier après-midi.

Den



lundi 13 mars 2017

*Cinq ans d'univers-serre !



Cerisiers Japonais, Fleurs

De la fenêtre à la porte....
De  la vitre à  la route,

13 février 2012 - 2017

De mon arbre givré 
A  mon arbre inondé de printemps au jour d'hui

"Où chaque goutte de sève contient la plénitude de l'arbre entier"

Mon blog fête ses cinq années de vie grâce à vous

Parce qu'au commencement il y avait le jardin aux belles senteurs aimées
Aux treize heures
En chant-d'or

Qui posait une eau de parfum sur le dos rond des choses

Des mots qui dormaient dans le secret de la terre

Qui faisaient surgir une image

Dans la rosée de l' instant


***

Pour celle, celui qui cherche l'élégante ancolie
Ou l'élan  le regard du chemin de Sagesse
Aux éclats de vos yeux

Qui partage la Voie Haute
Les écrits inter-rieurs 
Silence-cieux
Rieurs suspendus

Qui écoute les mouvements de l'âme
Du rêve
Sur les peaux de l'écorce

Qui entend quand l'air est doux et serein
File le  vent coquin


Vous,

Comme un ornement qui brille dans le cahier du ciel

Chaque jour

Prenez  la route, le chemin de traverse

Le temps qui natte ou qui tresse
Dans l'univers bleuté des regards qui aime se mélanger...


Pour tout cela, et plus encor' 
J'écrirai en choeur à deux mains
Comme une étoile aux très-ors
Répand sa poussière dès l'aurore.

*****

Dans les allées des mots réjouis par votre fidélité
Je sème et cueille les silences en arpèges accordés
Même quand dans l'air scintille encore une p'tite larme.

Mère-si d'être là.

Mille fois.

Nous   fêterons ensemble les graines de nos rêves
De sucre et de sel

Ainsi que

Le  1 093ème  article
La    65 227ème  page lue.


Den



*****




samedi 11 mars 2017

*Votre esprit en paix.....


Fleur D'Amandier, Steinobstgewaechs

"Lachez prise dans toutes les situations
et laissez votre esprit en paix.
Restez concentré en acceptant
tout ce que vous faîtes. C'est la clé".

Tchouang-tseu

*****


Je vous souhaite
A toutes et tous
Un très beau week-end.

Je vous embrasse.

Den

*****



mercredi 8 mars 2017

*Le présent.....





"Chaque moment éclipse le moment d'avant.
Peu importe ce qui arrive, ceci est le présent.
Fais-y ta maison".

Parole zen

***


lundi 6 mars 2017

*Ton liant de coeur....



Amour, Coeur, Saint-Valentin, Rouge

Ton liant de coeur doux accroché
S'attache
A mon ciel en rond-aile de toi
Se noue à l'ombr'elle du temps
S'entrelace en brin d'élan gouleyant.....

Enchantée est  passée la goualante
Au diapason  vibrant du pan  de beauté qui renaît
A la pointe du jarre-daim qui panse
Où pend le joli qui nourrit

En perles en gouttes en teintes essuyées

Enivrées de silences enchaînés

Au fil du couchant et-blue-hissant.


Den

*****

Une bonne semaine à vous
Toutes et Tous.

Je vous en brasse en roses de coeur !


*****



dimanche 5 mars 2017

*Chaque arbre....





"Chaque arbre est le symbole vivant de la paix et de l'espoir"

Wangari Muta Maathai

*****

Un doux dimanche à chacun, chacune d'entre vous.

Je vous embrasse.


Den


*****


vendredi 3 mars 2017

*Et le souffle de toutes choses...



Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courant.
Les fleurs s'épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur,
et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte.

L'offrande lyrique
 de Rabindanath Tagore


*****


mardi 28 février 2017

*La joie est en tout....




La joie est en tout.
Il faut savoir l'extraire.

Confucius

*****


samedi 25 février 2017

*Transparence....



Résultat de recherche d'images pour "francis picabia lydia transparence"

Francis Picabia
Lydia, transparence, 1929, huile sur toile
(55 x 46 cm), collection privée

*****


Dans le roman Un balcon en forêt, le soldat Grange, en faction dans les Ardennes pendant la "drôle de guerre" de 1939-1940, rencontre une jeune femme en forêt.

*****


Comme il levait les yeux vers la perspective, il aperçut à quelque distance devant lui, encore à demi fondue dans le rideau de pluie, une silhouette qui trébuchait sur les cailloux entre les flaques. La silhouette était celle d'une petite fille enfouie dans une longue pèlerine(1) à capuchon chaussée de bottes de caoutchouc ; à la voir ainsi patauger avec hésitation entre les flaques, le dos un peu cassé comme si elle avait calé contre ses reins sous la pèlerine un sac de cuir, on pensait d'abord à une écolière en chemin vers sa maison, mais, de maison, Grange savait qu'on n'en voyait pas à moins de deux lieues, et il se souvint tout à coup que c'était dimanche ;  il se mit à observer la petite silhouette avec plus d'attention. Il y avait dans sa démarche quelque chose qui l'intriguait ; sous le crépitement maintenant serré de l'averse dont elle semblait ne se soucier mie(2), c'était à s'y méprendre celle même(3) d'une gamine en chemin pour l'école buissonnière. Tantôt elle sautait une flaque à pieds joints, tantôt elle s'arrêtait au bord du chemin pour casser une branche - une seconde, elle se retournait à demi et semblait jeter sous le capuchon de sa pèlerine un coup d'oeil en arrière, comme pour mesurer de combien Grange s'était rapproché, puis elle repartait à cloche-pied  en poussant un caillou, et courait l'espace de quelques pas en faisant rejaillir l'eau des flaques - une ou deux fois, malgré la distance, Grange crut discerner qu'elle sifflotait. La laie(4) s'enfonçait peu à peu dans la pire solitude ; l'averse autour d'eux faisait frire la forêt à perte de vue. " C'est une fille de la pluie", pensa Grange en souriant malgré lui derrière son col trempé, "une fadette"(5) - une petite sorcière de la forêt." Il commença à ralentir le pas, malgré l'averse, il ne voulait pas la rejoindre trop vite - il avait peur que le bruit de son pas n'effarouchât ce manège gracieux, captivant, de jeune bête au bois.

Julien Gracq,
Un balcon en forêt (1958)
éditions José Corti.


*****
(1) manteau ample muni de'une capuche, souvent porté par les enfants.
(2) aucunement
(3) celle-là même (le démonstratif renvoie ici à la démarche)
(4) petit chemin forestier
(5) petite fée

vendredi 24 février 2017

* 22 février.....



Avant-hier

C'était  mon univers-serre,
Qui comme-anse à conter
Sur mes épaules  frêles 
En ce jour bichonné


Quand on aime,
On ne compte point...
Mon coeur qui continue à battre à l'uni-son
Etire encor'  mon corps
Qui maintient... 
Et je veux croire en choeur au nectar de la vie
Au jus de l'Amour
Bien qui  s'évapeur'
Demeure.

Ma musique andante-aile
Cueillie en brin-d'an
Etoile mon sentier,
Ma route, mes chemins
Chacun de mes plis, de mes replis... 
En vie je suis
Et grâce au ciel
En main-tenue
Je panse  et me souviens de chaque mât-teint, 
Chaque aube,  son coucher,
Tous les  sOleils,
Toutes les ombres
Chaque descente de lit déposée de  là-haut
Qui noue 
De-nous
La force  caressante de nos vies.

Den



Merci à mes enfants,
  Chers petits-enfants,
Pour leurs attentions
Leur amour envers moi.

Mamy Den

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samedi 18 février 2017

*P'tit vieux !





"Le rêve est de la pensée qui a bu,
et qui est partie dans la nuit"

(papa, 16 ans,
Lycée Louis-le-Grand
Classe de Philosophie)

*****

Nous passions les vacances à l'Aber-Ildut, trois mois d'éternité dans une grande maison blanche reliée à l'océan par un majestueux escalier de granit jeté entre grève et jardin.
J'étais assis sur le quatrième  degré, flexos blancs aux pieds, mon voilier sans voilure sur les genoux, quand papa derrière moi, respirant fort.
- qu'est-ce que tu fais là ?
- moi ?
Qu'est-ce que je fais là. Moi rien. Moi je ne fais rien. Moi rêvasse. Moi suis là, c'est tout. Moi regarde monter la mer. Moi content. Et moi content quand elle redescend. Si je réponds à papa : "moi content", il m'en cuira.
Dès qu'il m'aperçoit, il estime que ma place est ailleurs. Normal, je me suis trompé de famille.
- viens, nous allons nous baigner à Mazout. Moi, me baigner avec papa. Moi seul avec papa dans la mer.
A Mazout.
Moi.
Papa.
Je sais nager depuis hier. Je n'ai plus besoin de maman pour me tenir par l'élastique de mon maillot de bain. Papa ne m'a encore jamais vu nager. Je vais l'épater.
Papa, chemise blanche, pantalon blanc, sa tenue d'espion anglais, dit maman, me prend sur ses épaules et je respire à pleins poumons l'odeur de sa chevelure aussi délectable que le vent marin sur la dune.
Quand m'a-t-il déjà perché en haut du mètre quatre-vingt-trois, sa nuque entre mes cuisses ? Aucun souvenir.
Kodak, s'il vous plait.
- tu es trop lourd, descends.
Nous y allons à pied sous le crachin à Mazout, une grève à trois kilomètres de là. Mazout, quel nom !
Je n'ai jamais su pourquoi une portion du littoral entre Garch'in et Penfoul - deux toponymes bien frappés en brézhouneg..
- s'appelait Mazout. S'il s'agit d'un nom breton, c'est raté. S'il s'agit d'un nom français, il a tort de s'intéresser au cargot poubelle venu dégazer un jour dans les parages.

Je suis fier. Je marche avec papa. Il me donne la main. Je suis le fils d'un marcheur qui n'a pas le permis, pas d'auto, et qui fera tôt ou tard un grand feu de toutes les Peugeot, Simca, Ford, Hotchkiss de mes oncles et tantes, et aussi les Dyna Panhard, dès qu'il aura une minute à lui pour se procurer un bidon d'essence.
Il marche vite, je dois trottiner pour le suivre.
Le premier kilomètre, ça va. Nous arrivons à Porzmeur et je commence à fatiguer, un peu seul et perdu sur ses talons. Il m'a lâché la main. Que se passerait-il si je tombais d'épuisement ?
Est-ce qu'il irait se baigner sans moi ?
De temps en temps, il se retourne et dit : "qu'est-ce que tu fabriques ? A ton âge, j'y allais au pas de course, à Mazout".
C'est exactement ce que je suis en train de faire, non ?
Il ne sait même pas l'âge que j'ai, quel jour je suis né. Moi je sais qu'il a quarante-sept ans, et qu'il est du 13 janvier 1910.
Au 12, je dis qu'il en a trente-sept. Et l'an prochain je dirai qu'il en a trente-sept.  Trente-sept est un âge qui lui va bien. C'est vieux, mais ça va. Je ne veux pas qu'il soit mort. L'autre jour, j'ai vu une chouette inanimée sur des pétales de camélia dans le jardin. J'ai imaginé papa gisant les yeux fermés sur des pétales de camélia. J'ai passé la nuit à pleurer, à me lever pour m'assurer qu'il ronflait.
Je n'en peux plus. Nous arrivons à la grève par le sentier du douanier. Il pleut serré, la mer n'est pas belle à voir, toute grise, avec les moustaches d'un courant sinistre rebiquant au loin sur une balise de fer noir qui mugit ses promesses de mort. Papa disparaît derrière un rocher, reparaît en maillot de bain bleu foncé - j'ai mon slip de bain sur moi, je me déshabille et le vent d'ouest s'abat sur mes épaules de freluquet.
Papa marche vers l'eau. Il cherche le bon endroit pour entrer dans la mer, une éclaircie de sable au milieu des goémons. Il y va les bras en croix, il ne ralentit pas, il nage en direction d'une barque noire à chiffres blancs.
Personne, aucun bruit, si ce n'est le froissement des nappes de guémons soulevées par la respiration du ressac. Si ce n'est le souffle court de la bouée qui pleure les bateaux disloqués sur les récifs.
Je fais trois pas dans la mer, j'ai mal, je grelotte. Encore trois pas sur les galets glissants, l'eau m'arrive aux tibias, au nombril, au sternum. Je m'arrête, le froid m'aveugle. Je sais nager, je sais nager, depuis hier. Je sais nager, je peux nager,  je veux que papa me voie nager, je veux nager jusqu'à la barque noire où il m'attend suspendu à la chaîne d'ancre, j'en ai les larmes aux yeux. Eh bien tant pis, il  me verra une autre fois, je reviens sur mes pas, je sors de l'eau. Je m'assieds frissonnant sur les galets en contrebas des bruyères, écoutant chantonner les minuscules vaguelettes de la baie, seuls témoins.
Papa fond sur moi, ruisselant, soufflant, furieux, sa mèche blonde collée en travers du front
- plonge-toi !
- j'ai froid.
- si tu ne te plonges pas, tu ne seras jamais qu'un raté !
J'y vais, je nage enfin, je brave l'eau, je compte mes brasses avec soin. J'arrive à 10, 12... Est-ce qu'il me regarde au moins ? Je perds pied. "J'ai perdu pied, papa, regarde !"
Tu parles ! Il est remonté sur la grève, il m'a oublié. Il fait ses moulinets de gymnaste suédois, sautille sur place en levant haut les genoux, en expirant avec bruit, ouvre grand les bras au dieu océan épars sur la houle.
Je sors à mon tour, je fais comme lui, les bras, les jambes, la respiration, je pianote en l'air, cherchant à saisir au vol les gouttelettes du crachin. Je suis un Henri Queffélec miniature, prêt à lui voler son mètre quatre-vingt-trois comme j'ai déjà volé son stylo, ses chaussettes, à parler des langues disparues, à jouer du piano, toujours en quête du pas suivant, du mot suivant, avec des personnages à mes trousses. Tu peux tempêter, papa, me brûler au feu de tes yeux bleus, un jour je deviendrai toi : toi et personne d'autre, et surtout pas moi.
Nous nous rhabillons. Nos deux maillots détrempés sont roulés ensemble dans la serviette éponge à tordre.
- Depuis quand sais-tu nager ?
- Depuis longtemps.
- C'est maman qui t'a appris ?
- J'ai appris tout seul.
Retour par la route goudronnée, cette fois, un raccourci. Papa vole devant mes pas exténués. Il chantonne un tube à lui qui mériterait des tomates : A la vanille pour les petites filles, un citron pour les garçons, un chocolat pour les gentils papas. Les gentils papas, c'est ça ! Et les mamans alors ? A quoi les mamans ? Il se retourne et dit : "tu entends la corne de brume ? Le chenal du Tour, p'tit vieux"... L'ancien prof  se met à dégoiser un couplet à rallonges sur le chenal le plus avancé d'Europe, une voie maritime empruntée par les vaisseaux de guerre anglais, français, après que François 1er eut choisi la rade de Brest pour havre royal de la flotte, blabla... militaire - blablabla.. royaume..
Il pleut serré, venteux. Papa dit qu'il va nous falloir continuer au pas de gymnastique, c'est-à-dire en courant (ne comptez pas sur lui  pour dire footing). "il reste deux kilomètres à peine,  tu risques d'attraper mal". Il démarre au petit trot et j'ai l'impression de m'essouffler en vain derrière une girafe. Je galope à cracher mes poumons pour maintenir l'intervalle entre nous, je n'y arrive pas, j'ai envie de pleurer. J'enlève mes flexos, la route est tiède.
Arrivé à l'Aber, pas plus éprouvé que ça, papa s'accoude au muret devant la marée haute. Il se repeigne avec soin, tape  ses mèches recoiffées, hoche la tête avec satisfaction. Je le rejoins, lessivé, heureux comme jamais.
J'ai tenu les deux kilomètres sans m'arrêter, sauf une petite fois pour me déchausser. J'ai fait mon entrée au port en courant d'un air triomphal sous la pluie qui vient à l'instant même de cesser, les oiseaux chantent sur les fils télégraphiques. Les plus jolies filles de l'Aber m'épient derrière les rideaux. Et demain elles rougiront à ma vue.
- remets tes flexos, p'tit vieux. Tu t'essuieras bien les pieds avant d'entrer à la maison.
Et tu suspendras nos maillots sur le grillage.
C'est drôle, je m'attendais à un compliment.
Rien, pas le moindre sourire ou clin d'oeil signifiant : "bravo, fiston, tu m'as épaté".
Un dernier regard pour approuver le majestueux spectacle de la marée haute, et papa tourne les talons. Je cours après lui, j'attrape sa main. C'est maintenant que j'ai besoin d'être son fils, maintenant. Il baisse les yeux sur moi, sourcils froncés. Que lui dis-je alors, le feu aux joues avec la naïve brusquerie du gamin qui croit pouvoir manipuler comme un vieux doudou le coeur d'un homme aussi méfiant ? Alors je lui dis quoi ?...
Ah, si maman pouvait me chuchoter à l'oreille une sage, une lumineuse idée. Bien conseillé, je m'épargnerais le pénible épisode où je vais à présent m'engouffrer tête baissée.
- tu as vu papa ? j'ai bien couru ?
Même pas. J'ai bien nagé, non même pas : j'ai bien marché, je suis fort, et si tu m'avais dit : porte-moi sur ton dos, je t'aurais porté en courant jusqu'à la maison. Même pas ça pour lui prouver que je ne me suis pas trompé de papa, et lui pas trompé de fils.
Il répond du tac au tac, l'air indigné : bien couru ? ton frère aurait couru plus vite que toi.
Il me sourit, découvrant ses dents mal rangées qu'il ne montre jamais.
- et il aurait mieux nagé, tu ne sais pas nager.

Yann Queffélec
L'homme de ma vie.


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