dimanche 22 octobre 2017

Gauguin l'alchimiste : l'exposition du 11 octobre 2017 au 22 Janvier 2018 au Grand Palais




Je vous souhaite un heureux dimanche et vous embrasse toutes et tous.

Une belle écoute... pour  cette vidéo que je trouve extraordinaire
 et qui nous permet de découvrir l'artiste, très prolifique,
 pas seulement  en peinture....

 "qui cherche du nouveau à partir de lui-même".

..."ce que je désire c'est un coin de moi-même encore inconnu"

Den


*****



vendredi 20 octobre 2017

*Chaque mot est un oiseau à qui l'on apprend à chanter




Daniel Tammet autiste asperger, est aussi doué pour les langues que pour les chiffres. Il parle dix langues, dont le lituanien et le gallois, et il a inventé sa propre langue, le mänti, qui compte environ 1 000 mots et qui s’inspire des langues scandinaves.
Alors après avoir consacré son dernier livre à la poésie des nombres, il nous dévoile dans Chaque mot est un oiseau à qui l’on apprend à chanter ( éditions des Arènes, sortie ce 18 octobre)  les secrets du langage. 

ll était une fois, dans une banlieue de Londres, un enfant autiste dont la langue maternelle était les nombres… Daniel Tammet se souvient de ce langage numérique qu’il comprenait mieux que celui de sa famille.
Aujourd’hui, ce polyglotte capable d’apprendre l’islandais en une semaine nous propose un voyage dans l’univers des langues et de ceux qui les parlent, les inventent ou les étudient.
Il nous entraîne à la rencontre des Nahuas, ces descendants des Aztèques qui forgent des mots à partir des bruits de la nature. Il raconte les péripéties de l’inventeur de l’espéranto et dialogue avec ceux dont c’est la langue maternelle. Il nous montre comment apprendre une langue étrangère de manière intuitive ou pourquoi l’apparition du téléphone a modifié notre façon de nous parler.
De l’art de la traduction de la Bible à la poésie de la langue des signes, ces pages révèlent l’étonnant éventail des talents linguistiques et littéraires de l’auteur.
Traduit de l’anglais par Samuel Sfez.

« Il y a du Rimbaud chez Daniel Tammet. »
Le Monde
« Un voyage fascinant dans le labyrinthe des langues. »The Times
                                                  

Ecrivain, Daniel Tammet  a été élu par un panel d'experts l'un des « 100 génies vivants » en 2007. Autiste Asperger, doué de synesthésie, il voit les nombres comme des formes et des couleurs et parle plusieurs langues. Son autobiographie Je suis né un jour bleu est devenu un classique, traduit en 24 langues. Son deuxième livre Embrasser le ciel immense est aussi un best-seller (vendu à plus de 80 000 exemplaires en France).


*****

Une réflexion sur le pouvoir des mots
Les mots transforment-ils le réel ? Comment la traduction de la Bible, selon les langues et les pays, remanie-t-elle une histoire universelle ? Les ordinateurs seront-ils capables un jour de tenir une conversation ? Comment peut-on créer un langage ? Que révèle notre façon de parler sur notre personnalité ?

Doué de synesthésie, capable de réciter, de mémoire, les  22 514 premières décimales du nombre Pi, Daniel Tammet a intéressé les plus grands experts de l’autisme et du cerveau qui l’ont élu l’un des « 100 génies vivants ». Ses livres ont été traduits dans 23 langues. Il est membre de l’Académie Royale des Arts de Grande-Bretagne et vit à Paris.





*****



mercredi 18 octobre 2017

*Botero et Picasso



 A l'Hôtel de Caumont 

Aix-en-Provence

du 24 novembre 2017 au 11 mars 2018

BOTERO DIALOGUE AVEC PICASSO

****







80 chefs-d'oeuvre de Botero et Picasso ! 



Du 24 novembre 2017 au 11 mars 2018 à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence,
l’exposition Botero, dialogue avec Picasso présente la riche production du 
maître colombien sous un angle inédit qui explore ses affinités artistiques avec
 Pablo Picasso. A la soixantaine d’oeuvres de Botero (huiles, oeuvres sur papier, 
sculptures) font écho une vingtaine d’oeuvres majeures de Picasso, issues notamment des 
collections du Musée national Picasso-Paris et du Museu Picasso de Barcelone.



dimanche 15 octobre 2017

*Ma chambre








Ma chambre, 22 h     15 octobre

***

Cet après-midi j'ai fini le grand diptyque, l'Autel, comme l'appelle Nicolas. Demain, si elles sont bien sèches, j'enlèverai les toiles de leurs châssis. Je vais faire deux rouleaux, un avec les tableaux sur toile, et un autre avec les dessins.



Résultat de recherche d'images pour "TOILE ROULees"


 C'est préférable de les emmener avec moi plutôt que de faire confiance à la Poste. Il y a plusieurs tableaux à fignoler, et quelques dessins à l'encre à compléter. Je n'ose pas regarder L'Embrasse.


Résultat de recherche d'images pour "photo gratuite pixabay l'embrasse"



Image associée


Depuis une semaine, les prés sont saupoudrés de gelée blanche quand je me lève. Cela me fait penser aux paysages que j'ai rencontrés pendant ma première visite ici. Violette m'a montré un rouge-gorge à travers la fenêtre de la véranda, leur présence était un signe que la neige s'approchait. Déjà !


Rouge-Gorge, Oiseau, Nature, Printemps



Malgré les tirs des chasseurs qui résonnaient dans les bois, je suis sortie faire un tour ce matin. Il faisait beau une fois la brume levée, et la gelée fondait à toute vitesse. Sous les chênes, les glands tombés craquaient sous mes pas.





Chêne, Feuilles De Chêne, Rouge



Glands, Graines, Leafs, Automne, Brown


Ils m'ont fait penser aux petits cochons noirs d'Estrémadure, en Espagne, qui se nourrissent exclusivement de ces fruits. Et à leur jambon exquis dont Danielle et moi raffolions dans les bars à tapas, les jours de paie. Je songeais que bientôt, les vendeurs de châtaignes prendraient leur place dans les rues de Madrid, et l'odeur des braséros et des châtaignes rôties remplirait la vieille ville. Les cochons sauvages d'ici devraient adorer les glands aussi.


Châtaignes Grillées, Châtaignes, Automne

Des bruits de bois cassé, derrière moi, ont interrompu mes rêveries et je me suis retournée, apeurée. Bébert, chargé de son arme et de sa besace, me regardait en riant. Il m'a demandé si j'avais cru  qu'il était un sanglier. Soulagée, je lui ai serré la main, et nous avons continué à marcher ensemble. Passant par la clairière où se trouve la cible trouée, je lui ai raconté que je savais qui était la Mathilde qu'il avait mentionné l'autre jour. Pensif, il s'est arrêté devant la cible, où il a posé ses affaires et son fusil.

Clairière, Bois, Sous-Bois, Nature

"Chaque fois que je traverse ce lieu, je pense à elle. Le grand-père de Danielle lui apprenait à tirer. Il était très rare qu'une femme s'intéresse aux armes. Mon père grommelait que c'était une bonne excuse pour passer des heures ensemble à l'abri des regards indiscrets. C'était une jeune femme très séduisante."

Ma curiosité éveillée, je lui a demandé s'il pensait que Jean-Louis et Mathilde avaient eu une relation amoureuse.

"Ma foi, je ne pourrais pas l'affirmer. Mais, bien sûr, les mauvaises langues n'ont pas tardé à remuer. Vous savez bien comme ils parlent..."

Rougissant, il a détourné la tête. Après un moment de silence, Bébert a ramassé son sac et a remonté son fusil à l'épaule. Nous avons marché vers Beaumont en parlant de la météo.

Juliet Schlunke

La Dryade

éditions parole

collection main de femme

***

quatrième de couverture :

"Ecartant doucement une toile d'araignée qui collait au visage de la nymphe, il a caressé doucement la joue de la jeune femme de pierre. Pendant une seconde, électrisée, j'ai cru sentir le passage de son doigt sur mon propre visage".




Anne, une jeune peintre australienne vivant à Madrid est invitée dans l'Ain par une amie française. Plongée dans le passé dramatique de la famille qui la reçoit, elle se retrouve nez à nez avec La Dryade, jeune femme de pierre au sourire énigmatique, exilée au fond d'un sous-bois. Tout en révélant à Anne ce qui s'est noué entre la nymphe et son propre grand-père, Nicolas va l'entraîner sur les mêmes sentiers de la séduction et de l'amour avorté.
Il lui commande un tableau vivant, "L'Embrasse", où un lierre enlace puis étreint un chêne jusqu'à l'étouffer avec volupté."

***

Juliet Schlunke est née dans une ferme du sud-est de l'Australie. De parents artistes et éleveurs, elle a été formée aux beaux-arts à Sydney par John Olsen, le plus grand peintre australien.

Elle a parcouru les Etats-Unis, séjourné une vingtaine d'années en Espagne, travaillé notamment à Genève et  Paris pour finalement s'établier en Luberon, où j'ai eu la chance de la rencontrer dans son atelier. Elle peint et a signé de nombreux décors pour des collections réputées de tissus et de faïence.

La Dryade  (2013) est une fiction, son second romain écrit en français. Il donne un éclairage intéressant sur une oeuvre picturale pleine d'arbres, de sous-bois et de mystère.



***

Rosenthal, une enfance australienne est paru en 2008, dans cette même collection,  "main de femme"  "des livres à ne pas mettre entre les mains de tous les homme" (sic !)

Ce livre dont je vous ai fait partager quelques pages est le récit de son enfance (dramatique), mais où baigne cependant un mélange de parfums de fleurs, de poussière, de suint de brebis, de musique et de poésie  !


***


bonne lecture
bonne soirée.

Je vous embrasse

Den

***



*Deux belles de jour !

Résultat de recherche d'images pour "fleurs belles de jour"

Deux belles de jour
pour vous souhaiter un joli dimanche ensOleillé !

Je vous en brasse fleurie.

Den

*****


jeudi 12 octobre 2017

*Etre zen...





"Etre zen, par essence, c'est l'art de savoir lire en soi-même".

Suzuki Shunryu Roshi



Image associée




***

Bonne  journée à vous.

Den

et vous embrasse.


***


mercredi 11 octobre 2017

*Ton liant de coeur




Amour, Coeur, Saint-Valentin, Rouge


Article paru le 6 mars 2017


****


Ton liant de coeur doux accroché
S'attache
A mon ciel en rond-aile de toi
Se noue à l'ombr'elle du temps
S'entrelace en brin d'élan gouleyant.....

Enchantée est  passée la goualante
Au diapason  vibrant du pan  de beauté qui renaît
A la pointe du jarre-daim qui panse
Où pend le joli qui nourrit

En perles en gouttes en teintes essuyées

Enivrées de silences enchaînés

Au fil du couchant et-blue-hissant.


Den

*****

Une douce journée à chacun, chacune, d'entre vous.



*****


mardi 10 octobre 2017

Montage Vidéo Kizoa: Coaching Dogs annonce

Ludovico Einaudi "Walk" (Official Video) - d'or-aure et de miel......





P'tits mots cueillis posés offerts 
 sur ces notes de vie et de vair
 et la vie qui nous porte
nous emporte
entre deux tranches d'amour
lustre nos  brins nos jours 
nos nuits illuminées sOleil
 et la lune encor' en sommeil,
 réveille le mât-teint d'aquarelle
 le si beau si-aile
d'or-aure et de miel.

Den










dimanche 8 octobre 2017

Pour Gabriel, et pour vous !



Pour Gabriel, aujourd'hui.





Rose Blanche, Rose, Rose Dans Le Jardin




et pour chacun, chacune d'entre vous.

Un très très heureux dimanche.


Je vous embrasse.


Den


*****




samedi 7 octobre 2017

*Un long voyage à travers le temps

                  Un long voyage à travers le temps


Ta force est d’être frêle et pure infiniment ;
De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres,
Et d’avoir conservé, malgré la brume ou l’ombre,
Tous les rayons de l’aube en ton âme d’enfant.


Émile VerhaerenLes Heures d’après-midi.


(réf. : sur les épaules de Darwin - France Inter
Jean-Claude Ameisen)
émission du 9 septembre 2017


vendredi 6 octobre 2017

Cléa Vincent - Neuilly

*Comme un fleuve qui remonterait son cours

comme un fleuve qui remonterait son cours
"Je me suis alors souvenu du fleuve Alphée, sortant de la mer et redevenant rivière. Un vieux mythe grec le rapporte en quelques lignes. […]

A mon tour, je me sens redevenir rivière aux bords prochains. J’aborde un nouveau rivage. […]


Fleuve rescapé du naufrage, je séparai mes eaux, je les rassemblai, je leur creusai un estuaire qui était un nouveau début."



Roger Caillois. Le Fleuve Alphée.




(réf. : sur les épaules de Darwin - France Inter 
 Jean-Claude Ameisen - 
émission du 23 septembre 2017)



*****





samedi 30 septembre 2017

*Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-mêmes




Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-mêmes

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas attacher
Ne permettez pas qu’on fasse sur vous des rêves impossibles
On est en amour avec vous tant que vous correspondez aux rêves que l’on a fait sur vous
Alors le fleuve amour coule tranquille
Les jours sont heureux sous les marronniers mauves
Mais s’il vous arrive de ne plus être ce personnage qui marchait dans le rêve
Alors soufflent les vents contraires le bateau tangue et la voile se déchire
On met les canots à la mer
Les mots d’amour deviennent des mots couteaux qu’on vous enfonce dans le cœur
La personne qui hier vous chérissait aujourd’hui vous hait
La personne qui avait une si belle oreille pour vous écouter pleurer et rire
Ne peut plus supporter le son de votre voix
Plus rien n’est négociable on a jeté votre valise par la fenêtre
Il pleut et vous remontez la rue dans votre pardessus noir
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre quitte sa propre route et son propre voyage
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre dans la prison de son propre rêve
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-mêmes
Chacun à son chemin qu’il est seul parfois à comprendre
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Si nous pouvions être d’abord toutes et tous et avant tout et premièrement des amants de la vie
Alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs ces éternels mendiants
Qui perdent tant d’énergie et tant de temps à attendre des autres des signes des baisers de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la vie tout nous serait cadeau
Nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connaît le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie et dans sa peau
A chacun sa texture son tissage et ses mots.

Julos Beaucarne dans le «Jaseur Boréal»



*****

mercredi 27 septembre 2017

Pour méditer comme une grenouille...



Pour tous  les enfants, (et pour tous les adultes.....) avec  la voix de Sara la fille de Bernard Giraudeau.

Douce journée à chacun, chacune d'entre vous.
Je vous embrasse.

Den

*****

mardi 26 septembre 2017

Michel Pépé - Liberta (relaxing, soothing music)




Une merveilleuse musique entendue chez Marie ...et  j'ai eu envie, à mon tour, de vous la transmettre.

Pour Célestine, Bizak, Bonheur du Jour, Sabine, Veronica, Mathilde, Fifi, Françoise, Chinou, Marine, Denise, Maria-Lina, Dédé, Dé, Elisanne, Anne, Jacques, AlainX,  JeanMi, Floralie, Pastelle, Michèle,  Marie, mes plus fidèles, et celles et ceux que j'ai pu oublier, qu'ils me pardonnent  !

Profitons encoeur et toujours de ces beautés cueillies et offertes.

Je vous en brasse en ribambelles fleuries.

Den


*****

*Je me demande si les touristes chinois......


Lanternes Chinoises, Hoi An

Je me demande si les touristes chinois qui viennent visiter Paris sont conscients qu’ils achètent en réalité des souvenirs fabriqués chez eux. 
Chaque fois que je les vois descendre en vitesse de leur bus et se presser dans mon magasin comme autant de fourmis frénétiques, j’ai envie de leur arracher des mains les tours Eiffel miniatures qu’ils ont piochées dans mes petits paniers et leur montrer l’inscription Made in China que l’on n’a même pas cherché à cacher dans l’anneau des porte-clefs.
 Au lieu de ça, je les encaisse avec un grand sourire. Je leur glisse même, quand je suis en forme, les deux, trois mots basiques de mandarin que j’ai appris en regardant les films de Jackie Chan. Ni Hao ! Xiéxié ! 
Après tout, mon patron n’apprécierait sûrement pas que je me mette à dos des clients, et puis je doute sérieusement que je puisse les dissuader d’acquérir ces fabuleux trésors en fer blanc pour lesquels certains ont parcouru plus de dix mille kilomètres. 
Ici, à Montmartre, on vend du rêve qui ne revient pas cher. L’os du confit de canard est scié, ce qui signifie qu’il  est industriel, les cuisses de grenouille proviennent de grenouilles à six pattes que l’on élève spécialement pour la restauration, et les desserts faits maison griffonnés à la craie blanche sur l’ardoise des crêperies font l’objet d’arrivages quotidiens dans de grosses boîtes de vingt-quatre portions congelées. Ils sont faits dans une maison, en effet, une grosse maison que l’on appelle usine. En fait, c’est un joli quartier en trompe-l’œil, construit en carton-pâte puis peint en rose, un peu comme Disneyland qui se situe à quarante kilomètres à vol de Buzz l’éclair d’ici.
 Dans notre domaine, la vente de souvenirs, on est pas mal non plus. Les tableaux d’œuvres originales sont des reproductions digitales faites à grands tirages, les tee-shirts peints à la main sont imprimés au fer à repasser par des Vietnamiens du XIIIe arrondissement qui, effectivement, ont des mains, et les bérets typiquement parisiens sont acheminés par avion depuis un pays dont je ne me rappelle plus le nom mais qui finit par -stan. 
Bref, lorsque je vois à quel point il est facile d’entourlouper un touriste ici, je me demande parfois lequel des deux est le plus retardé mentalement, si c’est lui ou moi. 
En parlant de retard, Rachid, mon patron, se fait encore attendre, ce qui me pose un sérieux dilemme. Je ne peux pas partir et laisser le magasin en plan, sans surveillance, avant qu’il ne soit arrivé, et d’un autre côté, je ne peux pas l’attendre éternellement non plus car je dois prendre  mon tour à mon autre travail. Si mon patron faisait un peu plus attention aux conséquences de ses actions, la Terre tournerait bien plus rond. Mais voilà, il ne pense qu’à sa petite vie et il sait que je suis bien trop professionnel pour fermer le magasin et m’en aller alors que les touristes se pressent à nos portes. Ce qui l’arrange et il n’hésite pas à en abuser. 
En engageant un trisomique, Rachid pensait doubler son chiffre d’affaires. Eh bien, il s’est trompé. Je l’ai triplé. à croire que la misère humaine fait toujours vendre au XXIe siècle. Même si je ne me considère pas tout à fait comme le meilleur ambassadeur de la «misère humaine ». 
Avec ce que je gagne au magasin, je pourrais facilement m’en sortir, sans compter que je vis encore chez papa et maman et que je ne paye donc pas de loyer, bien que je les aide de temps en temps. Ils me gardent auprès d’eux, malgré mes trente ans, sous prétexte de pouvoir mieux m’enseigner à être autonome, ce que je trouve être un paradoxe. Moi, je joue la crédulité et les laisse ainsi conserver sur moi un semblant de contrôle. J’aime tellement leur faire plaisir. 
Un jour pourtant, je partirai. Et ils n’y pourront rien. Je ne serai plus une charge pour eux. Je vivrai ma vie à moi et pour moi. Même si papa et maman prennent le soin de me préserver en me cachant des choses, j’ai bien conscience que je suis un être différent et que ma vie ne sera jamais entièrement normale. Je ne pourrai jamais avoir d’enfants, par exemple, je me suis renseigné là-dessus. Et avec un peu de chance, je vivrai assez pour voir les cerisiers fleurir vingt printemps encore, ce qui ne sera pas suffisant pour voir la comète de Halley repasser par ici en 2061. Mais bon, malgré ce que les gens pensent, nous ne sommes pas tous des assistés non plus et il y a d’autres choses à faire beaucoup plus intéressantes que s’apitoyer sur son sort. Apprendre des choses par exemple.
 Sur Internet, j’ai appris qu’une dizaine de personnes atteintes du syndrome de Down à travers le monde avaient suivi un cursus étudiant normal et s’étaient même licenciées dans de bonnes universités. 
J’ai aussi lu qu’en 2008, un certain Bert Holbrook, un américain, était entré dans le livre Guinness des Records pour être l’homme vivant le plus vieux au monde atteint de trisomie 21. Il est décédé le 14 mars 2012 alors qu’il avait 83 ans. Ça fait rêver ! 
Je me suis empressé d’écrire toutes ces informations dans mon cahier vert, celui où je n’écris que les belles choses, et cela m’a redonné confiance et force. 
Dans l’attente de pouvoir m’acheter un appartement décent en région parisienne et de dire au revoir à papa et maman, je travaille. Et puisqu’il m’est impossible moralement de passer mes journées à arnaquer des touristes à Montmartre, je suis «Nez » le reste du temps, enfin, de 13h00 à 16h00, pour une grande marque de déodorant. Et c’est justement là que je serai en retard si mon patron n’arrive pas maintenant.
Au moins, au labo, on ne m’affiche pas et on ne se fait pas de l’argent sur mon visage, même si finalement je n’en tiens pas rigueur à Rachid, qui est plus imbécile que méchant. Dans mon second job, on fait de l’argent avec mon nez, ce que je trouve bien plus noble.
 Car si la nature m’a affublé d’un chromosome supplémentaire pour la 21e paire et d’une ouïe déplorable que je soigne depuis tout petit, elle m’a doté en revanche d’un sens de l’odorat plus développé que la moyenne, un peu comme le Jean-Baptiste Grenouille du Parfum de Süskind. Simple équilibration des choses. La nature devait se sentir le cul merdeux de m’avoir fait comme ça. 
J’ai l’habitude de dire que si la truffe d’un chien vaut un million de nez humains, mon nez, lui, en vaut bien une dizaine. Le vigile du supermarché, qui est toujours accompagné d’un gros Berger allemand, m’a un jour dit que la membrane olfactive d’un chien mesurait 130 cm2 (soit quasiment la taille d’une carte postale) et celle d’un homme, 3 cm2 (soit même pas un timbre). Je me demande bien combien la mienne mesure. Par pur optimisme, car l’information n’était en soi ni bonne ni mauvaise, je l’ai écrite dans mon cahier vert. 
Je suis donc «Nez » pour une marque célèbre de déodorant. Il est maintenant interdit d’en donner le nom. À la télé, ils mettent les images à l’envers pour ne plus faire de publicité, même si on reconnaît parfaitement les marques et que l’on ne comprend pas très bien pourquoi ils se donnent tout ce  mal. En fait, dit de forme claire, je suis « renifleur d’aisselles ». Cette seconde activité professionnelle se résume, comme son nom l’indique, à appliquer mes narines, après pulvérisation, sur les dessous de bras de dizaines de personnes, soit cinquante à la semaine et trois cents au mois. Bien qu’ils soient propres, condition stipulée par contrat, certains individus ont une odeur corporelle faisandée qui persiste même après la douche et l’application du déodorant. C’est souvent le cas pour les hommes, de surcroît s’ils sont « forts », et il se trouve que c’est malheureusement la section dans laquelle je travaille (les gros). Mais mon patron va me faire passer à la section féminine dans les mois à venir. 
À ce sujet, il y a quelques mois, à Singapour, un homme a été condamné à quatorze ans de prison et dix-huit coups de canne pour avoir reniflé les aisselles de vingt-trois femmes dans des lieux aussi sordides que des ascenseurs et des parkings mal éclairés. J’ose à peine imaginer ce que je prendrais dans leur pays pour en avoir reniflé près de trois mille six cents en une année. 
Paniqué, je me souviens avoir recopié cette information en gros dans mon cahier rouge, celui où je n’écris que les mauvaises choses, avant de vite le refermer comme si le diable essayait de s’en échapper. Bien noter de ne jamais aller à Singapour…


Romain Puértolas
Un détective très très très special

*****

Quatrième de couverture :

J'ai un chromosome de trop, comme cette pièce de trop qu'il nous reste dans les mains quand on a monté une armoire IKEA et dont on ne sait que faire. Moi, j'ai trouvé quoi en faire...

*****

dimanche 24 septembre 2017

*Clématite



Résultat de recherche d'images pour "clématite"

La clématite à la couleur de l'âme
se contemple dans le miroir du ciel  
elle accroche son joli rideau fleuri
à la soie de tes deux mains....
Elle grimpera
oh la la 
 s'enroulera
d'elle-même
 s'agrippera
comme elle aime
contre la pergola
au teint chocolat

***

Bon dimanche à vous
Toutes et Tous.

Je vous en brasse en coeur de fleur.

Den

****



vendredi 22 septembre 2017

*C'est l'andante !


Résultat de recherche d'images pour "photo gratuite pixabay l'automne"

L'automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'hiver.

François le Champi




jeudi 21 septembre 2017

*Les bruits du monde....


Lac, Soirée, Coucher De Soleil, Nuages



"Je ne suis pas encore habitué à écouter ni à me taire.
Il faut des années pour apprendre à parler, et plus encore pour arriver à se taire !

Le bokhisattva Avalokiteshvara  répond en japonais au doux nom de Kanon. Kan signifie observer et on désigne les sons. Bref, c'est celui qui entend les cris de l'univers.
Edifiant appel à pratiquer pour les autres ! trop souvent, nous oublions que si nous nous avançons vers le salut c'est aussi pour aider, soulager les êtres.

Les jours de grande nervosité, j'invite mon fils à prêter attention aux bruits du monde : les grillons, l'ambulance, le vent, les voitures, ce cri strident dans la rue, cet enfant qui pleure, le craquement d'une porte. Cette vigilance nous décentre, nous sort de nous-mêmes et nous rend un peu plus attentifs à notre prochain !

Quel manque de goût d'associer le silence au vide, à l'ennui, au désert ! Prendre plaisir à se taire, c'est comme changer de régime, échanger la nourriture du fast-food pour des mets beaucoup plus raffinés. Et cette sensibilité s'éduque, s'éveille. Bien sûr, il y a des heures froides, noires, insipides. Mais cela vaut le détour.

Le silence est à la fois vide et plénitude, comme le fond de l'âme. Nos immondices, nos cris, nos injures et nos palabres ne l'atteignent pas. Il reste pur.

Sur le chemin, nous pouvons commencer à petites doses, par des minicures quotidiennes. Faire voeu de silence, ce n'est pas forcément la fermer une fois pour toutes mais se taire et écouter davantage".

Alexandre Jollien

Vivre sans pourquoi

Itinéraire spirituel d'un philosophe en Corée


dimanche 17 septembre 2017

*Pour vous...

Ville Des Roses, Fleurs, Rose, Beau




Pour chacune, chacun d'entre vous
cette rose et vous souhaiter un heureux dimanche.

Je vous en brasse fleurie encoeur'.


Den


*****


mardi 22 août 2017

*Hier soir je suis tombée amoureuse d'Amedeo Modigliani....







 Je suis Jeanne Hébuterne - Olivia Elkaim - 

 *********************************


 CHAPITRE  1
 Décembre 1916
 "Hier soir je suis tombée amoureuse d'Amedeo Modigliani.

 Je descendais l'escalier étroit de l'académie Colarossi. Un vent  glacé soufflait par les vasistas ouverts.
 J'étais pressée de rentrer. Maman déposerait le faitout en fonte au  milieu de la table. Papa réciterait le bénédicité avant qu'elle nous  serve. Nous mangerions dans un silence rythmé par nos mastications. Puis, je m'allongerais sous le plaid en mohair et  contemplerais la buée lentement recouvrir les vitres du salon.
 Soirée calme.

 Je l'ai croisé dans la pénombre.

 Je portais mon carton à dessin dans une main, mon manteau et mon châle en laine dans l'autre et, sous le bras, la  mallette en bois verni dans laquelle je dispose mes tubes de gouache.
 Ce que je peux être pataude.
 Depuis toujours, mon corps m'embarrasse. Je ne sais pas où ranger mes bras ; je dodeline de la tête en m'évertuant à  ne laisser paraître aucune émotion ; et puis, la position des hanches, mes genoux cagneux, la grosseur de mon  ventre ... Aucune grâce! Je me maintiens un peu en dedans, les épaules rentrées, espérant qu'on ne repère pas mes  défauts, souhaitant parfois même m'effacer.
 On me dit blonde. On me dit brune. Personne ne me voit jamais telle que je suis.

 Hier soir, j'étais tellement chargée que je ne pouvais pas m'agripper à la rambarde.
 Je me disais, Jeannette, pose un pied devant l'autre, comme si je m'essayais à la marche pour la première fois. Un vrai bébé! Allez, un pied devant l'autre, tiens l'équilibre. Il m'aurait fallu une main amie pour me guider, maman,  mon frère André.

 De l'obscurité, une masse a surgi.
 – Tu parles toute seule ?
 Les élèves se bousculaient autour de nous, et le bois sec des marches craquait sous leur passage. Une cohorte de  jeunes filles attendaient là, adossées à la rampe en cuivre. Certaines ouvraient discrètement leur manteau,  soumettaient leur corps nu aux mains calleuses des artistes. Mes seins pour trois sous, un plat chaud.
 Mais nous étions comme seuls, face à face.

 J'ai d'abord remarqué l'écharpe rouge à grosses mailles de laine. Puis le pantalon, le gilet et la veste de velours  marron, élégants mais maculés d'éclats de peinture jaunâtre. Enfin les mains larges, les doigts sales, les ongles sous  lesquels se logeaient des croûtes terreuses.
 Des sourcils fournis, un regard noir et impérieux.
 J'ai baissé les yeux en croisant les siens.
 – Regarde-moi!

 Ce tutoiement.
 – Regarde-moi, principessa.
 Il ne manque pas d'air, ce type, me suis-je dit avec le même ton pincé qu'André utilise quand il est contrarié, et mon  pied droit a raté une marche.
 Je suis tombée dans un bruit sourd.

 Mon corps était chiffonné par terre, les tubes de gouache évadés de leur mallette, mon carton à dessin ouvert, le  contenu éparpillé. Mes crayonnés au fusain, mes aquarelles, tout était là, dispersé, même les petites œuvres de  mon brother, celles qu'il m'a confiées avant de partir au front.
 – Je suis Amedeo Modigliani, a-t-il dit en se baissant à mes côtés.
 Une onde chaude m'a parcourue, une honte huileuse que cet homme voie mes dessins et les raille avec ses amis  artistes et les professeurs de l'académie. Je les entendais déjà graillonner, « Les filles qui font de la peinture, c'est  pire que les peintres du dimanche. Elles ne domptent pas leurs nerfs, comment pourraient-elles maîtriser un  pinceau? » D'ailleurs, il a éclaté de rire. Son corps se déployait près de moi. Ses cheveux exhalaient une odeur de  tabac et d'essence de térébenthine.
 – Je te ramasse ça et on se retrouve demain, ici, à la même heure. Ne prends pas froid.

 Amedeo Modigliani m'a aidée à me relever, à rassembler mon matériel et à enfiler mon manteau. Puis, manu  militari, il a enroulé son écharpe autour de mon cou. Mes nattes se sont mêlées à la laine et, soudain, son parfum  suave se mélangeait au parfum ambré sur ma peau.
 J'étais anéantie.

 * * *
 Il a bien fallu rentrer.
 Longer les terrains vagues de la rue Notre-Dame-desChamps, à peine éclairée par les flammes bleuâtres des  réverbères.
 Avancer malgré les ombres, la peur qu'un détraqué ne m'égorge et ne dissimule mon cadavre derrière une palissade.
 Saluer la statue du maréchal Ney devant La Closerie des Lilas.
 – Bonjour bonjour, prince de la Moskova. Une balle s'est logée dans mon cœur il y a dix minutes. Maintenant, mes  côtes se fissurent dans une chaleur volcanique. Ça castagne, ça reflue dans ma gorge.
 Je ne sais plus comment je m'appelle.
 Je ne sais plus qui je suis.

 J'aime converser avec les statues, les bronzes monumentaux de Rodin comme les reines sans lustre du jardin du  Luxembourg. Leurs organes sont chauds, vivants sous l'airain ou le plâtre. Les mots affleurent à leurs lèvres closes.
 – Je suis tombée folle d'Amedeo Modigliani, et je détache les syllabes de son prénom et de son nom, A-mede-o-  mo-di-gli-a-ni.
 – Un coup de foudre, a tonné le maréchal Ney depuis son piédestal. Va, fillette, continue ton chemin, et vis.
 De son sabre dégainé, il m'a indiqué le Val-de-Grâce, la rue Gay-Lussac, la rue d'Ulm.
 Le froid ralentissait mon pas et gelait mes pensées.
 Les coups de foudre, ça n'existe que dans les romans.
 Les coups de foudre, ça n'existe pas.
 J'ai fini par arriver rue Amyot.

 Te voilà dans de beaux draps, ma Jeannette.
 La voix rocailleuse de mon frère André, dans un ressac, recouvrait la mienne.

 Avant de pousser la porte de notre appartement, j'ai dissimulé l'écharpe dans la manche de mon manteau. Bouche  close, regard impassible, j'ai pris un air de rien.
 Les parents avaient commencé à dîner. Je me suis assise. J'ai déplié la serviette sur mes genoux. Ils m'observaient  en silence. J'ai roulé mes nattes sous mes oreilles, il fallait bien occuper mes mains.
 – Tu es en retard, Jeannette. On n'aime pas que tu traînes seule dans les rues.
 Maman allait ajouter, Tu es une jeune fille, une toute jeune fille, entre ses dents crispées. Je me suis concentrée sur  les mastications de papa et le tic-tac de la pendule en loupe d'orme, posée sur la cheminée.
 – Tu n'as que dix-huit ans.
 La petite aiguille, sur le cadran, rattrapait la grande.
 Il allait sonner dix-neuf heures.
 Rien pu avaler.

 On dîne tôt car papa ouvre à l'aube.
 Il fait encore nuit quand une loupiote vient éclairer la devanture de la mercerie-bonneterie, où son nom, « Achille  Hébuterne », s'affiche en lettres penchées.
 Après le repas, il fixe du sparadrap anti-bombardement sur les vitres. Il le retire chaque matin. Précaution inutile  car, à Paris, nous sommes préservés de cette guerre.
 Puis il feuillette des livres à couverture cartonnée. Murmures bibliques, textes de l'abbé de Lamennais.
 Quel ennui, quel ennui!

 Avec maman, on tricote en silence.
 Je confectionne mes propres vêtements – des robes à col carré, des manteaux évasés, de longs gilets qui permettent  de dissimuler les formes de mon corps. Il y a quelques jours, j'ai fabriqué un poncho qui me donne l'apparence  d'une squaw.
 Je ne me trouve pas jolie-jolie, alors je me donne un style.

 Hier soir, j'ai prétexté la fatigue pour me retirer dans la chambre. Je me suis couchée, tête posée sur l'écharpe  d'Amedeo Modigliani.
 J'ai fermé les yeux pour revivre la scène, et tout m'est revenu avec l'exactitude d'une amoureuse.
 C'était délicieux.
 C'était réel.
 J'ai enfoncé mon nez dans la laine et prononcé son nom, comme si je pouvais le convoquer près de moi, dans ma  chambre de jeune fille.

 Mes parents, mes cousins, André surtout, m'appellent tous Jeannette, Nénette ou « Noix de coco » à cause des  veines qui affleurent à la surface de ma peau et me donnent un teint d'anémique.
 « Principessa ». J'ai tenté de me rappeler la tessiture de sa voix, sa musicalité délicate.
 Mais tout cela m'échappait.
 Amedeo Modigliani disparaissait avec la nuit.

 * * *
 Au petit matin, je pense à toutes ces choses à faire, ces choses minuscules.
  Passer quai Voltaire, chez Sennelier.
 Acheter un nouveau chevalet.
 Des carnets.
 Tricoter des gants pour mon frère.
 Décorer le grand sapin près des grilles de notre maison, à Galluis. Peindre des clémentines de couleurs vives, les  accrocher aux branches, déployer des guirlandes.
 Poser des santons sur les bûchettes.
 Et la crèche. Sortir délicatement les figurines de la boîte en bois, retirer le papier journal, passer un chiffon, les  disposer dans l'entrée, allumer une bougie.
 (Quelle barbe!)

 Maman insiste pour que je vienne à Galluis. Elle veut que je rencontre l'abbé Quaillet, voire, horreur! horreur! que  je me confesse. Mais confesser quoi? Rien à dire, moi.
 Elle m'implore, C'est bientôt Noël, ma chérie, me menace sur tous les tons, Fais-moi plaisir enfin, de qui tiens-tu ce  caractère, tu n'as pas le choix, il faudra bien que tu viennes de toute façon.
 Moi, j'ai décidé que je n'irais pas.

 * * *
 Le ciel s'ennuage et grisonne au-dessus de la rue Soufflot, se confond avec les toits des immeubles.
 Je traverse le boulevard Saint-Michel d'un pas dansant, me rapproche de la porte Vavin et de l'académie Colarossi  où Amedeo Modigliani m'attend.
 Je ne marche plus. Je flotte quelques centimètres audessus des pavés. Elle m'inquiète, cette démarche chaloupée de  femme mûre, cette sensation de légèreté.
 Mes pensées papillonnent.
S i je me concentre, je m'entends me parler à moi-même. Je me dis « Je », je me dis « Tu », et là, maintenant, en  entrant dans le jardin du Luxembourg par la grille principale, alors que les platanes défeuillés forment une haie  d'honneur pour ma petite personne, je me fustige, Jeannette, Jeannette, tu n'es pas faite pour l'amour.
 Je ne cesse jamais de murmurer du même ton presque atone, si bien que les gens, de Vavin à Port-Royal, se  retournent sur mon passage et, parfois, se moquent.
 Qu'ils pensent que je suis folle, je m'en fiche!
 Je veux vivre. Je veux peindre. Je veux être moi.

 * * *
 D'habitude, je fuis l'amour.
 Qu'un homme m'approche, vante ma peau diaphane et les nattes cuivrées qui descendent à mes genoux, et je lui tourne le dos.
 J'aime la tranquillité, redoute l'inconstance des sentiments. Non que je l'aie expérimentée à mes dépens, mais je l'ai  lue dans les romans. Les tocades, les soubresauts des longues passions, ce n'est pas pour moi.

 Si maman avait seulement conscience de mon état, de cette transe, elle assènerait :
 – Tu sais, les hommes, ma fille ...
 Sans terminer sa phrase, me laissant imaginer les horreurs dont ils sont capables en toutes circonstances. Cruauté,  absence, abandon, lâcheté, égoïsme, duplicité, bellicisme.

 Mais que sait-elle des hommes, Eudoxie Hébuterne? Mariée à dix-neuf ans, enceinte quelques mois plus tard,  naissance d'André, puis de la mienne, quatre ans plus tard. 1893, 1894, 1898, trois petites dates, une vie foutue,  engoncée dans la bonne morale catholique, celle de l'abbé Quaillet et de ses ouailles qui commentent les  homélies, ad libitum, sur le parvis de l'église, chaque dimanche.
 Maman ne sort jamais, à part pour sa messe du matin, remplir notre garde-manger, et se rendre en train à Galluis,  au bras de papa. Je ne lui connais aucune amie. Ses seules fréquentations : les bigotes de la paroisse Saint-Étienne-  duMont, à quelques rues de chez nous. Elles préparent des colis de confitures pour nos soldats et organisent des  ventes de charité au profit des indigentes dont les maris sont sur le front.
 Eudoxie ... La « bonne doxa », la bonne réputation, ma mère, ma mère tenante de la bonne morale et de la vérité,  enfermée dans ses principes. Héritière d'un prénom grec et rare, porté par une prostituée de Baalbek au II siècle,  convertie dénoncée par un client. Décapitée.

 Paupières turgides, chignon strict : maman porte sur le visage un perpétuel air de résignation. Depuis qu'André a été  mobilisé, sa chevelure charbonneuse a blanchi.
 Elle était tellement plus gaie autrefois. Elle chantonnait en préparant les repas, bouh-douh-ba-douh, coup de couteau au cœur de l'oignon. froufrou polka, épluchures et rondelles de pommes de terre.
 Même sa violence a disparu, la fureur qui déformait son visage, ses mots qui soudain surgissaient et  m'anéantissaient, Mais qui m'a donné une fille pareille?, la gifle pour me remettre à ma place, Celle-là, tu ne l'as  pas volée!
 Elle préférait mon frère, sa langue châtiée, alors que moi, moi, je ne disais pas un mot.
 André lisait les mêmes livres que papa, peignait, s'entourait d'amis élégants et bien élevés avec lesquels il allait  boire des cafés liégeois au Rostand, rentrait à des heures convenables.
 Je restais des heures derrière la fenêtre, à regarder la pluie tomber, le soleil revenir et sécher le zinc des toits. J'avais  peur de tout ce qui m'entourait.
 Je ne voulais pas aller à l'école.
 Je voulais lire Zarathoustra, Zarathoustra en cachette, quand je parvenais à échapper à ma mère, à mon frère, à fuir  la maison, une heure ou deux, pour me réfugier à la librairie de la rue Saint-Jacques.
 Où cours-tu donc ainsi? Tu t'en vas comme une voleuse. Ne parle pas aux inconnus, ne prends pas froid, ne rentre  pas tard.
 Je dévalais les cinq étages, traversais le quartier, bousculais les vieilles dames. Je poussais la porte de la librairie,  une clochette tintait. Je m'asseyais par terre et un homme gris m'apportait un exemplaire, toujours le même, Il  faudra songer à l'acheter, mademoiselle. Mais je repartais les mains vides après lui avoir lancé un sourire gêné. Je  n'avais pas d'argent mais je reviendrais bientôt, promis.
 Je ne voulais pas suivre maman au marché de la place Monge, ni faire le ménage.
 Je voulais peindre comme mon frère.
 Je ne voulais pas me lier d'amitié avec les petites voisines, des cruches, mais rester à la maison, enfermée quand il y  avait trop de soleil, me promener sous la pluie, monter à cheval, me lover dans les bras d'André, y disparaître,  comme si j'étais une partie de lui.
 J'insupportais ma mère.

 D'un trait vif, sur une feuille volante, je saisis son regard triste.
 Elle relit une énième lettre d'André. Il n'a pas obtenu de permission pour Noël. Le silence s'emplit des lamentations  lugubres de maman, comme si un militaire se présentait au cinquième étage de notre immeuble, rue Amyot, pour  nous annoncer sa mort au combat et rendre ses objets : son carnet à dessin, ses fusains, son chapelet bénit par le  pape et une photographie de moi, ce portrait du printemps 1914 qu'il adore. J'ai pourtant l'air d'une morte. Ma tête  est ceinte d'une calotte noire. Mes lèvres, exsangues.

 * * *
 D'autres hommes, avant Amedeo Modigliani, ont bien tenté de m'approcher.
 Dans l'autobus, un dandy m'aborde et me propose un café. Je repère très vite l'alliance à l'annulaire, un pli coupable  à la commissure des lèvres. Je me détourne.
 Un ami d'André m'envoyait des cartes postales du front, Tes yeux sont comme l'Atlantique en hiver / Et mon cœur  naufragé te rejoint sur le rivage. Je gloussais à chaque missive jusqu'à cette nouvelle : tué à Verdun il y a quelques  mois. Corps introuvable (introuvable? Mais comment est-ce possible?).
 Et ce cousin éloigné qui a demandé ma main à papa. Je n'avais même pas seize ans. J'ai décampé au fond du jardin,  me suis roulée dans l'herbe pluvieuse. Maman est venue me chercher, Reviens mon bébé, et elle m'a tenu la main  pour rentrer. Je me suis fabriqué des yeux de démente, paupières mi-closes, pupilles tournées vers le plafond. Si  papa me vendait à ce barbon, je me tuerais. Plutôt morte qu'emprisonnée dans un mariage.

 Les autres, j'avais su les éloigner.
 Mais Amedeo Modigliani, lui, je veux le revoir.
 Le désir s'agrippe à mon corps. La peur, déjà, l'exténue.

 * * *
 Je cours vers lui pour lui rendre son écharpe.
 Combien de fois l'ai-je déjà croisé à l'académie sans le voir? Et pour quelle raison cet homme, dont j'ignorais  l'existence, semble soudain essentiel à ma vie?

 Je retire un à un mes cheveux mêlés à la laine. Je la plie proprement. Je la lui tendrai et il faudra m'en aller vite.
 Merci!
 (Parce que je suis une enfant bien éduquée.)
 Pas de discussion. Pas de justification. Je sais très bien mentir pour qu'on me fiche la paix. J'ai un rendez-vous,  monsieur Modigliani, un rendez-vous chez le docteur, je n'ai pas le temps, je vais devoir sauter dans un fiacre au  carrefour Vavin. Je file du côté de Gambetta, le bout du monde.
 Laissez-moi, finirai-je par crier.
 Adieu!

J e grimpe les marches de l'académie quatre à quatre.
 – Avant, je sculptais. Cela m'aide à composer mes toiles, à donner chair aux modèles. Elles deviennent vivantes. On  voudrait les toucher, sentir leur peau vibrer sous la paume.
 Il n'a pas terminé de donner son cours".

 Je suis Jeanne Hebuterne

 Olivia Elkaim

   ***