jeudi 22 novembre 2012

*Verdun....


Léon, comme tant d'autres jeunes hommes, est mobilisé bien que père de famille.
Il part ; il est fait prisonnier.

A l'arrière d'une colonne, avec d'autres soldats, ils observent l'ennemi.

Léon est retranché dans un fossé.

Un obus est passé. Un sifflement, puis deux... puis une détonation, puis deux...

Ce n'est pas loin.

On dévale le talus jusqu'au fond du fossé, apeuré par tant de misère, de cris et de douleurs.

L'ennemi jette une grenade qui explose non loin de là.

Les silhouettes des poilus sont frêles, voûtées, tourmentées par l'éloignement et la solitude.

On vit la guerre, on a peur pour soi, pour sa famille, on brûle des cartouches ; on ne rechigne pas à la tâche, comme des millions d'autres soldats ; on prend des ordres, on obéit.

Des cadavres s'amoncellent chaque jour un peu plus, recouverts de terre. Ensevelis ou pas.

Il fait chaud, on a soif. La chaleur, la peur inondent leurs fronts.
Deux nuages noirs dominent leurs têtes, au-dessus des tranchées.

Demain matin, il y aura du café, un vin trop glacé à même le bidon, et du pain trop dur.

On se traîne.. on avance de trou en trou.
On ne montera pas le talus.

A Douaumont, les bombardements sont nombreux.
Les obus tombent drus. Léon reste allongé ou en position du foetus, au fond du trou.

Les obus le suivent, criblent la terre, obstruent les oreilles.

Une torpille à fusée retardée s'enfonce loin en terre où elle éclatera en un cratère énorme détruisant par chance pour Léon, d'autres abris, d'autres tranchées.

Une grêle de balles s'abat dans les branchages. Plus de branchages.

Une main tendue qui demeure fébrile cherche les baisers de sa femme et de ses petits enfants. Léon réconforté par cette attente, serre les dents.

La tranchée est hérissée de fils de fer barbelés auxquels restent accrochés longtemps des lambeaux d'étoffe de couleur claire, bleue, rouge ou grise.
C'est la guerre.

Aujourd'hui, il a plu, et la boue est partout. Dans les godillots, les poches, les sacoches. Gluante, marron clair est la boue.

Les pieds des soldats les font horriblement souffrir, couverts de salissures et d'ampoules.

Le ventre est vide et crie famine.
Verdun.
Sa bataille s'étend du 21 février au 19 décembre 1916.


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Le gris du temps se répand sur la page de l'autrefois abreuvé de discours, et recouvre toutes les choses de la vie,  même les plus moches, et les effiloche.

Je glisse, et je longe l'allée dans une lumière bleutée-rosée-mauve-pastel, et j'accroche à nouveau mon regard sur une couleur soudainement redevenue vive.

Une photo se fige sur un papier glacé brillant de mille feux.

Je marche vers le bonheur.

Profondeur du coeur.

Den


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*La guerre...

Le Président Poincaré abrège son voyage à l'étranger.

On est en juillet 1914. La situation est grave.

La mobilisation est fixée au dimanche 2 août.

Le lendemain, 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

Justin n'a pas trois mois, et pourtant cet été là demeure un été inoubliable bien que catastrophique, parce que luxuriant, estival, un air de je ne sais quoi se balance dans le ciel d'un bleu soyeux, poudré, les journées sont douces, parfumées, radieuses, juste avant la déclaration de la guerre.

Les jeunes en âge de partir, les réquisitionnés, ne souhaitent pas rater cette expérience aussi étonnante qu'excitante. Ils se pressent autour des drapeaux, désireux sans limite de sauver leur pays, entassés dans des trains qui les mènent souvent à la mort. Ils découvrent pourtant là une guerre bien différente de ce qu'ils croient.


Den

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*La guerre 1914-1918


Elle ne sait pas grand chose des réalités, quand elle arrive la guerre.

Elle sert encore une illusion, le rêve d'un monde juste et pacifique. Elle le souhaite. Elle l'espère.

Le commun des mortels ne sait rien d'elle. Il ne la connaît pas. Il n'y pense pas. Elle reste une légende, et c'est à cause de cela qu'elle est héroïque.

Elle est celle qu'on lit dans les livres d'histoire ou de lecture scolaire, que l'on raconte, ou que l'on décrypte sur les tableaux accrochés aux murs des musées, avec ses attaques et ses uniformes rutilants, ses morts généreux offerts à la Patrie, la fleur au fusil, vers une victoire, assurément.

Derrière la vitre. Derrière le voile.

Elle arrive mal à propos. Comme un intrus que l'on n'a pas invité.

Elle est ignorante la guerre.
Et on l'ignore...


Den



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mardi 20 novembre 2012

*Le Tholonet... Beaurecueil.....

Pour l'heure deux des soeurs de Léon, Germaine et Claire habitent le Tholonet, dans le  village même, et leur rendre visite au moins une fois par semaine, ce n'est pas un  problème !

Germaine mariée à Marius, ont eu une fille Renée qui épousera Paul V. ; Jean-Pierre et Louis leurs enfants, habitent toujours Beaurecueil et le Tholonet, au pied de la montagne de la Sainte Victoire.

Théodorine, la troisième soeur de Léon a épousé Joseph F.. qui tient le bar rue d'Italie, dans le centre d'Aix ;
ils ont eu deux enfants, Kléber et Clémence.

Claire, mariée à Louis aura un fils Emile, qui épousera Denise.

Den




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lundi 19 novembre 2012

*Chantent l'impénétrable à rejoindre ce temps perdu à jamais...



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J'ai vu avant de raconter.....

Mes yeux ont retrouvé l'innocence et la candeur mystérieuses d'où s'évapore la quête ténébreuse entre les pages sublimées, chantent l'impénétrable à rejoindre ce temps perdu à jamais des vendanges, des cueillettes de champignons, des jeux d'enfants près des marronniers à la Fromentane, des oiseaux envolés des arbres en cascade, suivis de longues minutes à contempler l'horizon, à les poursuivre de loin, traversent la journée, posée à se remémorer les joies toutes enfantines, cachée dans le verger, à l'abri des regards, perdurent dans le mistral subtil, mais agité, souffle trois, six, ou neuf jours, jusqu'à l'ombre disparue des miens, se retrouvent à jamais dans le livre écrit pour eux.

Den




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dimanche 18 novembre 2012

*Le bonheur

De cette époque mes grands-parents paternels n'ont conservé aucun document.

Ces documents ont-ils été perdus, égarés ? A mon grand regret.

En réalité, c'est son frère aîné Marcel qui aurait dû être libéré à la place de Justin. Je ne sais pour quelles raisons le choix a été porté sur mon père, par bonheur pour lui, au lieu de mon oncle.

Pour l'instant on parle de bonheur retrouvé puisque la guerre se termine.

Le bonheur, le vrai, leur bonheur, il prend vie le 3 avril 1945... le 3 avril 1945..

De ce jour je retrouve une photo. Mon père et ma mère, en habits de fête, se disent oui, entourés de Paul, un des frères de papa, en pantalon foncé, chemise blanche, et cravate, les manches retroussées, et Yves, l'avant-dernier fils de la famille G.. , en chasseur alpin semble-t-il.. Le béret plaqué sur le côté de la tête, un large ceinturon sur la taille épaissie. Tous charmants, bien coiffés, de beaux visages réguliers, magnifiquement hâlés comme à la campagne, une vie en plein air.

Mes parents sourient à la vie qui les attend, heureux, même si un coin de nostalgie subsiste dans leur coeur.

La fin de la guerre est annoncée officiellement le mois d'après le 8 mai.

Papa porte un costume foncé, une chemise blanche, il est cravaté, sentant assurément l'eau de Cologne ambrée aux essences naturelles comme il aime, rasé de près ; je ne suis pas encore née, et je n'ai donc rien vu de tout cela, mais j'imagine le trac, la joie engendrés par ce jour mémorable.

Maman porte un ensemble blanc-écru, joliment serré, qui  permet la taille fine, certainement rehaussé par une lingerie féminine redevenue à la mode depuis, une culotte galbée, gainante, toute douce, ainsi qu'un soutien-gorge obus, des porte-jarretelles symbolisent le mystère, la pureté, ornés d'une fine dentelle, tous trois invisibles, sous des vêtements à la couleur virginale, laissent présager la simplicité de leur union dans un amour infaillible.

Ce devait être...


Den



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samedi 17 novembre 2012

*La scarlatine...

Le temps d'une fréquentation normale, comme à l'époque, et traditionnellement, d'un an au moins. Avant l'union, le mariage.

1942-1943.

Des fiançailles, il n'y en a pas eues, officiellement ; pas de jour de déclaration en cette période de guerre, mais une promesse d'intention d'union, avec une remise de bague splendide, finement ciselée en or blanc, sertie de pierres brillantes, en signe d'amour, que maman continue de porter avec respect et fierté.

Une intention de mariage... il n'y a eu qu'un pas, franchi avec allégresse et bonheur.

Un pas, c'est vite dit, car maman contracte accidentellement la scarlatine ce qui retarde le mariage d'un an, et s'ensuit alors une mise en quarantaine suffisamment longue pour ne pas s'épouser comme on l'a souhaité en 1944.

Maman se remémore rétrospectivement la forte fièvre déclenchée par cette maladie infectieuse causée par un streptocoque virulent, -la pénicilline et la cortisone utilisées, ou pas-, maman ne s'en souvient pas ; des violents maux de  gorge l'empêchant d'avaler : maman de ça elle s'en souvient, et de la crainte panique des soins antiseptiques au bleu de méthylène au fond de la gorge, avec le coton coïncé entre les lames acérées d'une paire de ciseaux. Puis la grande fatigue qui s'en est suivie, seule, isolée dans la chambre, les visites interdites pour quiconque, notamment de son promis.

C'est encore la Seconde Guerre Mondiale étalée sur six ans, du 1er septembre 1939 au 8 mai 1945.

Là dans ce milieu, et à la campagne, on ne connaît pas grand-chose de l'Histoire de France... des tenants et des aboutissants de cette guerre,... si ce n'est qu'elle est sûrement inutile, inhumaine, et qu'il y a trop de morts... Regrettant peut-être, et seulement cela, de ne pas avoir pu éprouver l'engouement ressenti par leur père lors de la Grande Guerre de 14-18, de laquelle il a été difficile de se soustraire... entraînant un énorme désir de solidarité et de partage, une envie irrépressible de participation à l'Histoire Universelle avec des individus liés dans une masse ardente... et tout cela dans un souhait irréfrénable de fraternité rassemblée en un moment unique.

... et ainsi gommer les différentes barrières de classes, de langues, et de religions.

Cette guerre a donné du sens à la vie parfois insignifiante de chacun, incorporé à une masse devenue héroïque.

Maman quant à elle,  n'oublie pas le mois de septembre 1939 où la France et le Royaume-Uni ont déclaré la guerre à l'Allemagne.

C'est le début d'un long calvaire.

Là, et  maintenant, ce n'est pas le même chant que l'on entend, pas comme en 14.
On connaît la guerre, celle qu'a vécu le père de Justin, mon grand-père Léon.

On ne s'illusionne plus. On ne parle plus de romantisme, d'idéologie, mais d'une aventure barbare,
bestiale même. Virile.

On sait qu'elle sera longue cette épreuve, qu'elle durera.

On a vu tout cela dans les journaux, les films, les documentaires, des livres.

Et puis on sait qu'avec les nouvelles techniques d'aujourd'hui... elle va être ignoble, inhumaine...

On ne croit plus à grand chose, ni en sa justice, ni en une hypothétique paix durable consécutivement. On ne s'illusionne plus.

On sait, parce qu'on nous  les a racontées, dit Camille, les déceptions, la misère qui ont suivies, la famine, la désolation, la chute de la monnaie, l'insécurité ... la méfiance de tous pour tous.. parfois l'enrichissement de certains..

Papa a vécu l'autre guerre... la seconde guerre mondiale, trop longue, absurde à son goût, mais il n'avait pas d'autre choix, du temps perdu, il a été fait prisonnier en Silésie, dans une ferme. Il a souffert évidemment d'être séparé des siens, mais il n'a pas souffert vraiment de la faim, il travaillait la terre.. il a même failli épouser une fille de là-bas. Il plaisante avec cela, taquinant maman. Ensuite il a été libéré comme soutien de famille et a rejoint avec bonheur sa famille en Provence, à la Fromentane, de nouveau.

Et il a connu Camille.

Den



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