dimanche 6 juin 2021

*Du plus profond de ma mémoire

"la première en ligne... celle du début.....


De ses familles adoptives, peut-être la plus importante, car la première en ligne, celle du début.

Maman vient de naître à la vie. Seule au monde. Première mère nourricière, de la campagne, Madame A. s'occupera de Camille jusqu'à ses trois ans et demi.

Elle vit à Tence, dans la Haute-Loire, le Haut-Lignon, le nord-ouest du Vivarais, Tence et ses communes de Chenereilles, le Mas de Tence, le Chambon-sur-Lignon, le Mazet-St-Voy, St Jeures.
Une nature accueillante qui invite à ses chemins, et dont la beauté des paysages apaise l'âme.

Pas très éloignés, ces villages les uns des autres, mais quand on est petit enfant, la limite de la frontière s'arrête à la porte du foyer.

Il fait chaud, elle est bien Camille, calée contre le sein rassurant de celle qui lui donne la vie, pleine d'un bien-être infini. Terre, mère nourricières.

A l'époque, il était coutumier, une fois devenues mères, que les femmes choisies parmi les plus modestes, parfois démunies, deviennent des mères nourricières, et ce, afin d'arrondir leurs fins de mois.

Pour Madame A., ce fut le cas.

Un fils de l'âge de maman, nourrice rétribuée elle l'est devenue, ainsi que mère de substitution attendrissante,
qui découvre la joie inégalable de l'allaitement par le sein. Elle l'offre avec une grande émotion, cette tétée,  et rayonne aux limites du plaisir avec Camille, accrochée à son sein, parcourues toutes deux, presque jusqu'à un ensoleillement vibrant de leur coeur et de leur âme.

A l'âge de pleine vigueur, sans reproche de corps, de perfection physique et morale, c'est une femme saine.


D'un beau visage, des traits harmonieux, car c'est de là que se lisent les qualités morales, elle nourrit Camille, et à chaque tétée renouvelée, elle lui transmet, lui influe en plus de la matière qui rassasie, ses  bons penchants comme ses vertus, ses manières et ses bonnes inclinaisons. Mère au coeur non égoïste.

De petit arbuste sans racine ni motte, qui a perdu ses fruits, ou qui est greffé de travers, tu grandis Camille, et tu recherches sans savoir encore tes origines dans la terre qui t'a vu naître, fouinant ça et là, et à tâtons, de nouveaux indices à cette vie déplacée : de petit arbre transplanté sans sa motte, d'enfant étranger en nourrice, elle t'emmène  dans ce qu'elle croît être le meilleur pour toi, et tu deviens grâce à elle, une belle enfant, solide, nourrie au lait de ta mère, distincte au départ de cette mère en pièce rapportée, et de fusion à présent ensemble vous devenez.

Un arbuste magnifique a bien poussé.
Tu as trois ans et demi, maman.
Un court instant de bonheur et de vie, car ce bonheur s'arrête brusquement : sans compter sur l'imprévoyante pièce qui se grippe, malencontreusement.

Devenue gravement malade, elle a l'obligation de se séparer de cette jeune enfant, Camille, ma maman, comme ce n'était pas prévu au départ de l'histoire, dans une énorme souffrance.

Maman.

Elle n'a nullement conservé en elle les stigmates de cette nouvelle séparation. Elle a tout gommé. La blessure, le déchirement, le chagrin, l'épreuve à nouveau.

Elle ne garde en elle aujourd'hui que le souvenir d'une grande chaleur qui l'habite encore, émue par une félicité illimitée, des baisers maternels passionnément prodigués, sans cesse.

Le facteur, éprouve une réelle affection pour Camille, tristement orpheline à nouveau, il échafaude une possibilité.. le désir de s'en occuper à temps complet.. se renforçant dans cette magnifique idée : peut-être le placement de Camille chez eux ; reste, à faire céder sa femme, hésitante pour l'heure.

Ainsi est fait.

Installée dans cette autre et deuxième famille, et ce jusqu'à ses quatorze ans, maman liera connaissance avec celui qui deviendra son frère de lait, son sang, son frère tout court, son complice, son compagnon de galère.

Georges est âgé de quatorze ans.

Toute sa vie, il la protègera Camille, jamais ne la délaissant.
Ils seront frère et soeur.
ils se sont toujours considérés ainsi.


                                                                                 Den






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samedi 5 juin 2021

Zao Wou-Ki.

à ne pas manquer :
 
Exposition du 19 mai 2021    jusqu'au 10 octobre 2021     
à l’Hôtel de Caumont A Aix-en-Provence  : « Il ne fait jamais nuit » 
 une exposition de Zao Wou-Ki qui s’affirme comme un des événements majeurs de la saison estivale à Aix-en-Provence et dans la région.
 
Une existence entière dédiée à la peinture :
« Je peins ma propre vie mais je cherche aussi à peindre un espace invisible, celui du rêve, d’un lieu où l’on se sent toujours en harmonie, même dans des formes agitées de forces contraires ».
 
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*Tu la crées

 

*Je photographie...


"tu ne prends pas une photographie, tu la crées"

Simone de Beauvoir


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vendredi 4 juin 2021

*Survivre

*L'acte d'abandon....

Dans tous les cas, elle l'a eue maman sa chance de survie, grâce, je dis bien grâce à cet acte d'abandon.. , non pas à cause de celui-ci, légitime ou pas, mais oh combien robuste Camille, elle aura quatre-vingt-onze ans à la fin de l'année... !

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Toute mère a son histoire, transmise ou pas suivant l'époque.

Jadis, elle appartenait seulement à la vie quotidienne, mais ne figurait pas dans l'Histoire.

On taisait son histoire.

Du coup, peut-être pour compenser ce "rien", ce vide béant, ce néant, maman a épousé papa, issu, flanqué,
d'une famille nombreuse.

A l'époque..
On en reparlera.

Ce n'était pas le temps des dinosaures, mais c'était avant.
Avant quand ? Avant maintenant.

Avant, c'était la grande interrogation de mes petits-enfants lorsqu'ils avaient cinq et dix ans.
Les arrières petits-enfants de Samille.
Avant, c'était comment ?

Ce sont mes chéris. Ils sont magnifiques, et je les adore.

Den





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jeudi 3 juin 2021

*Entre source et nuage

*L'infini n'est autre....

"L'infini n'est autre 
Que le va-et-vient
Entre ce qui s'offre
Et ce qui se cherche
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau
Entre source et nuage".

François Cheng

 

mercredi 2 juin 2021

*Dans un coin du cahier

*Un bruit imprécis....


Un bruit  imprécis... une lumière crue dans le coin du cahier, maman évoque son école à Mandigoule, les cinq, six kilomètres effectués à pied chaque jour, aller-retour, par tous les temps.. pluie, neige.

Le climat est rude en Haute-Loire.

Et avec elle, je m'envole dans l'autrefois, et revois tout... l'enfant qu'elle est.. souriante, gracieuse, pleine de vie.. les sabots, la neige, les doigts bleuis par le froid, parfaitement gelée Camille, les lanières du cartable trop lourd lui lacèrent l'épaule, la gamelle à réchauffer sur le poêle à charbon, gamelle préparée peut-être avec amour.

Une classe agréablement simple, fonctionnelle. Elle doit l'être.

Monsieur Chazot et sa classe unique. Un enseignement particulier pour chaque enfant, de l'apprentissage de la lecture à l'écriture, jusqu'à l'obtention du certificat d'études primaires, l'unique diplôme espéré.

A l'époque on trouve le temps. On a le temps. On ne s'interroge pas, pour quoi faire...
On le sait, on le fait.


Et on se tient tranquille.
On écoute avec attention et admiration, assis et immobile, le maître exceptionnel.

Chaque écolier séparé, ou placés deux par deux, sur le banc en bois au plateau droit ou penché, comme une piste de glisse, est éclairé en hiver par une lumière bleue qui vacille faiblement sur le cahier d'écriture ou sur le livre de lecture.

La fenêtre délibérément oubliée à la saison froide est trop haute l'été, et masque alors le paysage pour ne pas tenter le regard voyageur de l'élève rêveur. Derrière la vitre.



Après le tintement libérateur de la cloche, la récréation, seule détente de la journée qui déplie le corps cassé par la proximité du bureau, restitue enfin un instant de liberté et de mouvement, dans une cour pourtant trop froide et trop exigüe,  rétrécit encore l'espace sous le préau gelé, lui aussi trop étroit.

Il est instituteur le maître, et ne porte pas encore le nom surfait de "professeur des écoles". Il aime le travail bien accompli, finement ciselé, et ne rechigne pas sur son temps ni sur ses heures ; il transmet le savoir par le plaisir d'apprendre, développe la curiosité, oubliant l'invisible barrière de l'autorité.

Il est revêtu de sa sempiternelle blouse grise, la craie blanche est à la main, et le chiffon retenu au fond de la poche, pour effacer.

Monsieur Chazot n'impose pas. Il occupe l'écolier non étouffé par l'ennui, à apprendre à apprendre, apprendre à aimer.

Il le considère comme un individu à part entière, cultive ses particularités, ses meilleures aptitudes personnelles, développant ainsi avec enthousiasme une réelle confiance en lui.


Ce n'est pas encore la leçon magistrale ni le ba be bi bo bu qui transforme l'écolier en bête de lecture - pas en lecteur -, et qui en écho, répète inlassablement les lettres en cadence mesurée, entraîné par la baguette en bois du maître-maîtresse-maître de choeur et de chapelle, en une redoutable psalmodie sur le tableau noir dressé sur la redoutable estrade.

C'est la nouvelle lecture rationnelle qui occupe Camille, faisant suite au Grand Syllabaire.

Elle perpétue les procédés de cette méthode, et organise dans un petit tableau récapitulatif, en tête de chaque page de lecture, les sons composés et les équivalents, permettant à l'élève sans cesse de s'y reporter.

De plus, elle imprime, pour l'aider, en caractères maigres, les lettres nulles pour la prononciation, et un petit arc de cercle indique la liaison en l'accentuant.

Les en fants ai ment leurs pa rents.

L'explication se fait précise dans les deux premières parties de l'ouvrage ; la dernière et troisième partie, quant à elle, supprime complètement les signes, et propose une lecture aisée par de gros caractères.

En feuilletant d'assez près le livre de "la nouvelle lecture rationnelle par F.A. NOEL, - librairie Gedalge et compagnie - Paris", on peut s'en imprégner et comprendre que l'on ne sépare pas l'instruction de l'éducation. C'est une nécessité, il semble.

Ainsi, c'est la première leçon de morale qui rappelle les devoirs envers les parents dans une courte maxime en caractères saillants, afin de graver la morale dans l'esprit et dans le coeur de l'enfant.

"vos pa rents vous do nnent tout ce qui vous est né ces saire, vo tre pè re tra vai lle pour vous nou rrir et vous é le ver ; vo tre mè re vous pro di gue ses soins les plus ten dres.
Ce lui qui n'ho no re pas son pè re et sa mère man que au pre mier de ses de voirs".


L'en fant in grat est un en fant sans coeur.


Suivent, un bon fils, puis une deuxième leçon de morale : la désobéissance, la désobéissance punie ; puis frères et soeurs pour la troisième leçon de morale, le dévouement fraternel ; puis d'autres leçons de choses, reprennent le travail, le travail procure l'aisance, il faut tenir ses vêtements propres, les cinq sens.. puis d'autres leçons civiques sur la patrie terminent la leçon.

Ces paroles de bon sens, moralistes et vertueuses, étaient à l'usage des écoles enfantines et des classes élémentaires des écoles primaires... en 1930...

Elles apparaissent aujourd'hui  comme anodines, quelquefois amusantes, pourtant comme une certitude que l'on n'a pas à apprendre, c'est une vérité, mais répétées sans cesse à ces écoliers qui ne demandent qu'à grandir, s'imprègnent vraisemblablement à jamais dans leur subconscient , indélébiles, faisant d'eux de futurs adultes peureux, dépendants et soumis.

On doit. Il faut.

Et à relire ces préceptes démodés et péremptoires à nos petits en 2012, ils sourient, refusant leurs arguments moraux, distanciés par leurs mots et leurs contenus...

"si vous ai mez bien vos pa rents, vous ai me rez au ssi vos frè res et vos soeurs. Ils ai ment la mê me mai son que vous, le mê me pa ys, le mê me pè re, et la mê me mè re. Ils sont vos com pa gnons de jeux. Ils par ta gent vos joies et vos pei nes. Ce sont vos pre miers a mis. Les frè res et les soeurs doi vent s'ai mer en tre eux et s'ai der mu tu elle ment. Les aî nés, sur tout, doi vent vei ller sur les plus jeu nes, et leur do nner le bon ex em ple.





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Den

 

mardi 1 juin 2021

*Je ne savais pas, ou bien je l'ai oublié...



Je ne savais pas, ou bien je l'ai oublié, que la troisième famille de placement pour maman, était une famille d'origine allemande, très sévère elle aussi.

Une famille qui comptait en son sein, deux jumelles.

Maman n'en dit pas plus pour l'instant. Je n'insiste pas.
Je ne questionne pas.

Maman vient d'avoir quatorze ans. Elle peut travailler à présent, et obtenir un pécule.

Pour ça, elle travaille dur.
A quatorze elle tient la maison, s'occupe du ménage.

Maman a conservé de ce temps, certainement l'amour du travail bien fait, jamais assez bien, comme s'il s'avérait nécessaire de souffrir pour être heureux.

Le père de la maisonnée, est à l'opposé de sa femme. Chauffagiste de métier, il est extrêmement gentil, attentionné vis-à-vis de maman.

Il la console quand elle pleure de la dureté de son épouse. Camille serre les dents, et avance, toujours.

Elle y restera de quatorze à seize ans, approximativement dit-elle, comme employée de maison.

Madame vérifie l'état de propreté et l'avancement des travaux avec l'index, et attention s'il subsiste une traînée de poussière ! Attention au coup de trique !

Un travail difficile pour son âge, en pleine adolescence, en pleine construction, à nettoyer les parquets à genoux, à la paille de fer, ce qui, irrémédiablement va provoquer en elle de violents maux de dos, et par conséquent entraîner une obligation supplémentaire, celle de porter un corset en plâtre, continuellement, si aucune amélioration n'est constatée...


Den







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